IdT – Les idées du théâtre


 

Préface

L’Aveugle de Smyrne

Boisrobert, François le Métel de (auteur supposé)

Éditeur scientifique : Charrié, Noëmie

Description

Auteur du paratexteBoisrobert, François le Métel de (auteur supposé)

Auteur de la pièceLes Cinq Auteurs : Boisrobert, François le Métel de ; Colletet, Guillaume ; Corneille, Pierre ; L’Estoille, Claude de ; Rotrou, Jean de

Titre de la pièceL’Aveugle de Smyrne

Titre du paratexteAu lecteur

Genre du textePréface

Genre de la pièceTragi-comédie

Date1638

LangueFrançais

ÉditionParis, Augustin Courbé, 1638, in-12°

Éditeur scientifiqueCharrié, Noëmie

Nombre de pages1

Adresse sourcehttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63069w.r=.langFR

Fichier TEIhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/tei/CinqAuteurs-AveugleSmyrne.xml

Fichier HTMLhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/html/CinqAuteurs-AveugleSmyrne.html

Fichier ODThttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/odt/CinqAuteurs-AveugleSmyrne.odt

Mise à jour2014-04-08

Mots-clés

Mots-clés français

GenreTragi-comédie

DramaturgieCoexistence tragique et comique

ActionMultiple

Relations professionnellesÉcriture collective et anonyme

Mots-clés italiens

GenereTragicommedia

DrammaturgiaConvivenza tragico e comico

AzioneMultiple

Rapporti professionaliScrittura collectiva e anonima

Mots-clés espagnols

GéneroTragicomedia

DramaturgiaConvivencia trágico y comicó

AcciónMúltiples

Relaciones profesionalesEscritura colectiva e anónima

Présentation

Présentation en français

Fort du succès de la Comédie des Tuileries (première création, pour ainsi dire collective, de la « brigade » rassemblée par le cardinal Richelieu au début des années 1630), Boisrobert semble profiter de la tribune que lui offre cet « avis au lecteur », pour faire un éloge discret de la tragi-comédie. Tout en ayant soin de convaincre le lecteur de l’originalité avec laquelle le thème de l’amour sera traité, l’auteur évoque la profusion des intrigues, les revirements soudains ainsi que le dénouement heureux de L’Aveugle de Smyrne, comme autant de moyens dramatiques susceptibles de prouver au spectateur la valeur heuristique, et non seulement tragique, du sentiment amoureux. Les principes de la tragédie régulière vont en effet concurrencer, puis supplanter peu à peu les caractéristiques irrégulières de la tragi-comédie, notamment sous l’impulsion des débats théoriques des années 1630-1640. Ainsi, Boisrobert tente de légitimer son genre de prédilection en louant réciproquement le fond et la forme de cette pièce, dont le mérite sera mieux déterminé, selon lui, par le jugement des lecteurs, plutôt que par les applaudissements des spectateurs. Façon adroite de répondre aux doctes pour lesquels la tragi-comédie ne peut soutenir le retour critique de la lecture.

Texte

AU LECTEUR                

[NP1] Si l’invention est l’âme de la poésie, je ne doute point, lecteur, que vous ne trouviez parfaitement animée cette pièce de théâtre1, où sont exprimées avec un art merveilleux les amertumes et les douceurs de la plus noble de toutes les passions. Bien qu’elle ait pour titre L’Aveugle, les lumières ne laissent pas d’être si vives, qu’elles font avouer à nos muses, que c’est Apollon qui les a lui-même produites. Amour, à qui les poètes donnent la gloire d’avoir autrefois développé le chaos, démêle ici d’étranges intrigues ; et par un trait de magie, qui lui est naturel, il se sert des yeux de la beauté qu’il a blessée, pour rendre la vue à un amant qui l’a perdue. Il veut qu’à son exemple ceux qui se voilent de son bandeau, soient à la fin clairvoyants2. Il leur cache ses mystères pour un temps ; puis il les révèle tout à coup ; et pour leur apprendre qu’il est savant dans les secrets de l’avenir, il est ensemble l’illustre sujet, et l’interprète miraculeux de la plupart des oracles. En voici un qui ne s’éclaircit que par lui, après avoir été prononcé dans le temple de Delphes3 en termes obscurs, d’où cet absolu monarque des cœurs, tire des sujets de joie, et des succès agréables. Il montre par là, qu’il n’est pas toujours auteur des tragédies, comme quelques-uns l’ont voulu dire, puisqu’il rend ici comique l’événement du dernier acte de ce poème. Vous le reconnaîtrez lecteur, si vous avez la patience de le voir entièrement ; et vous pourrez juger ce que vaut cet ouvrage, soit par l’excellence de sa matière, soit par la forme que lui ont donnée quatre célèbres esprits. Ce qui leur promet (quelque sentiment contraire que leur modestie fasse avoir) que cette tragi-comédie aura l’approbation qu’elle mérite, et qui se doit attendre en semblables pièces, du jugement qu’on en peut faire sur le papier, plutôt que sur l’applaudissement du théâtre.