IdT – Les idées du théâtre


 

Prologue

Pastorale de Coridon et Clérice

Anonyme

Éditeur scientifique : Louvat-Molozay, Bénédicte

Description

Auteur du paratexteAnonyme

Auteur de la pièceAnonyme

Titre de la piècePastorale de Coridon et Clérice

Titre du paratextePrologue

Genre du textePrologue

Genre de la piècePastorale

Date1628

LangueOccitan

ÉditionBéziers : Jean Martel, 1628, in-12. (Numérisation en cours)

Éditeur scientifiqueLouvat-Molozay, Bénédicte

Nombre de pages2

Adresse source

Fichier TEIhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/tei/Anonyme-Coridon-Prologue.xml

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Fichier ODThttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/odt/Anonyme-Coridon-Prologue.odt

Mise à jour2013-01-20

Mots-clés

Mots-clés français

GenrePastorale

Personnage(s)Satyre ; Paix

FinalitéPasse-temps

ExpressionVers rustiques

ActualitéPaix / guerre

AutreCulture populaire / culture savante

Mots-clés italiens

GenerePastorale

Personaggio(i)Satiro ; Pace

FinalitàDivertimento

EspressioneVersi rustici

AttualitàPace / guerra

AltriCultura popolare / cultura dotta

Mots-clés espagnols

GéneroPastoril

Personaje(s)Sátiro ; Paz

FinalidadPasatiempo

ExpresiónVersos rústicos

ActualidadPaz / guerra

OtrasCultura popular / cultura sabia

Présentation

Présentation en français

Ce que l’on a coutume d’appeler le « Théâtre de Béziers » est un corpus de vingt-cinq pièces, publiées pour la plupart sous la forme de recueils entre 1628 et 1657 et jouées à Béziers le jeudi de l’Ascension, dans le cadre des fêtes des « Caritats »1. Composées pour l’essentiel en occitan, ces pièces sont presque systématiquement précédées d’un prologue, occasion de présenter le sujet de la pièce à un public dont il fallait peut-être canaliser les énergies, en ce jour qui est d’abord un jour de fête, mais aussi de rappeler, plus ou moins précisément selon les cas, l’ancienneté de la tradition biterroise.

Le prologue de la Pastorale de Coridon et Clérice, septième pièce du recueil de 1628, n’échappe pas à la règle. Son auteur y dresse aussi, discrètement, la culture populaire et le « passe-temps » contre la culture savante et ses références mythologiques ; en réalité, il y a là moins opposition que dialogue entre les deux : telle que la cultivent les auteurs, anonymes pour la plupart, du « Théâtre de Béziers », la pastorale est le lieu d’un échange entre d’une part des structures et des motifs empruntés à la pastorale littéraire, qu’elle soit française ou italienne, et d’autre part un ancrage référentiel, qui tire même localement ces œuvres du côté de la pièce d’actualité. C’est le rôle assigné, dans la Pastorale de Coridon et Clérice, au motif du berger devenu soldat par force et au personnage de la Paix, figuration explicite de la « paix de Montpellier » signée au mois d’octobre 1622, et qui met fin à la première des guerres de religion menées sous Louis XIII – ce qui permet de penser que la pièce a pu être créée au mois de mai 16232.

Texte

Prologue                

La divina licor, qu’òm beu dessús la cropa
D’un Parnasse cornut, ni la minharda tropa
De las filhas del Cèl non an pas operat
Al pichòt passatemps qu’òm vos a preparat,
5 Lo cors tant solaments d’una costuma antica,
Nos a mes en umor sur qualque vèrs rustica :
Òr vos veiretz, Messieurs3, sortir premièiraments
Un pichòt Pastorel, abilhat simplament,
Qu’estacarà la paix, la rendrà prisonièira,
10 Assistat de Cleriça una bèla Bergèira,
Quand aquò serà fach lo pastre Coridon
Que porte dins lo còr lo fuòc de Cupidon,
Abilhat en guerrièr tornarà dins sa tèrra
Qu’el aviá ja quitada a causa de la guèrra,
15 De vos dire l’amor qu’el aurà dins son còs
Per la bèla Cleriça, aquò veiretz tantòst
Sapiatz tant solaments que d’aqueste boscatge,
Deu sortir puèis après un Satira sauvatge
Que se desguisarà de dos ou tres faiçons
20 Per susprene se pòt Cleriça sas amors :
Mais enfin découvert elle prendra la fuite4
Per evitar los cors5 d’una fòla porsuita6.
Cependant Coridon amb son pichòt Pilhard
Embriagar[àn] rusats lo faune montanhard,
25 Et puèis l’estacaràn ambe lors panatièiras
Pel tal qu’on torne pus perspe[g]uir las bergèiras :
Vos non veiretz per lòrs que mila passatemps
Chacun oblidarà la guèrra et lo mal temps,
Sans crànher que la Paix qu’òm aurà garrotada,
30 S’en torne jamai pus vèrs la vòuta azurada,
Enfin se nòstre jòc non es ni bon ni bèl,
Excusatz, se vos pla, un Poèta novèl.

Fin du Prologue

Prologue

Ni la divine liqueur, qu’on boit sur la croupe
D’un Parnasse cornu7, ni la mignarde troupe
Des filles du Ciel8 n’ont contribué
Au petit passe-temps9 qu’on vous a préparé.
5 Le seul cours d’une coutume antique10,
Nous a mis en humeur sur quelque vers rustique ;
Vous verrez donc, Messieurs, sortir premièrement
Un petit berger, habillé simplement,
Qui attachera la Paix, la fera prisonnière11,
10 Assisté de Clérice, une belle bergère.
Une fois cela fait, le berger Coridon12
Qui porte dans le cœur le feu de Cupidon,
Habillé en guerrier, rentrera dans sa terre
Qu’il avait quittée à cause de la guerre ;
15 Inutile de vous dire l’amour qu’il aura dans la peau
Pour la belle Clérice : vous le verrez bientôt.
Sachez seulement que de ce bocage,
Doit ensuite sortir un satyre sauvage
Qui se déguisera de deux ou trois façons13
20 Pour surprendre s’il le peut Clérice, son amour.
Mais quand il sera enfin découvert, elle prendra la fuite
Pour éviter le cours14 d’une folle poursuite.
Pendant ce temps Coridon et son petit aide-berger
Enivreront, rusés, le faune des montagnes,
25 Puis l’attacheront avec leurs panetières
Afin que personne ne vienne plus poursuivre les bergères.
Vous ne verrez pour lors que mille passe-temps ;
Chacun oubliera la guerre et les temps mauvais,
Sans craindre que la Paix, qu’on aura garrottée,
30 Ne retourne jamais vers la voûte azurée.
Enfin si notre jeu n’est ni bon ni beau,
Excusez, s’il vous plaît, un poète nouveau.

Fin du Prologue