IdT – Les idées du théâtre


 

Préface

Attila roi des Huns

Corneille, Pierre

Éditeur scientifique : Thouret, Clotilde

Description

Auteur du paratexteCorneille, Pierre

Auteur de la pièceCorneille, Pierre

Titre de la pièceAttila roi des Huns

Titre du paratexteAu Lecteur

Genre du textePréface

Genre de la pièceTragédie

Date1668

LangueFrançais

ÉditionParis, Guillaume de Luyne, in-12°

Éditeur scientifiqueThouret, Clotilde

Nombre de pages3

Adresse sourcehttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k70404w

Fichier TEIhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/tei/Corneille-Attila-Preface.xml

Fichier HTMLhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/html/Corneille-Attila-Preface.html

Fichier ODThttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/odt/Corneille-Attila-Preface.odt

Mise à jour2014-11-27

Mots-clés

Mots-clés français

GenreTragédie / comédie

SourcesHistoriens (Marcellin)

SujetHistorique ; fidélité à l’Histoire / invention ; altération de l’Histoire ; amour malheureux / amour content ; sujet du Cid

DramaturgieCaractère ; bienséance des caractères

FinalitéCatharsis, purgation des passions

ActualitéPolémique sur la moralité du théâtre

AutreLe Cid

Mots-clés italiens

GenereTragedia / commedia

FontiStorici (Marcellin)

ArgomentoStorico ; fedeltà alla Storia / invenzione ; alterazione dellaSstoria ; amore sfortunato / amore contento ; argomento del Cid

DrammaturgiaCarattere ; decoro dei caratteri

FinalitàCatarsi, purgazione delle passioni

AttualitàPolemica sulla moralità del teatro

AltriIl Cid

Mots-clés espagnols

GéneroTragedia / comedia

FuentesHistoriadores (Marcellin)

TemaHistórico ; fidelidad a la Historia / invención ; alteración de la Historia ; amor dedichado / amour contento ; sujeto del Cid

DramaturgiaCarácter ; decoro de los carácteres

FinalidadCatarsis, purgación de las pasiones

ActualidadPolémica sobre la moralidad del teatro

OtrasEl Cid

Présentation

Présentation en français

Attila, sans doute refusé par l’Hôtel de Bourgogne1, avait été représenté par la troupe de Molière en mars 1667. L’avis « Au lecteur » accompagne l’édition originale de la pièce, publiée en novembre de la même année2 ; il fait écho à la polémique sur la moralité du théâtre alors relancée par les traités de Conti, Varet ou Nicole, et par la querelle de Tartuffe. ; La pièce liminaire présente deux parties bien distinctes. La première, dans la lignée des Examens qui accompagnaient l’édition de 1660, expose la matière historique qui constitue le fonds du sujet de la tragédie et les aménagements que le dramaturge y a apportés. On retrouve la dialectique entre fidélité et invention qui caractérise sa poétique tragique. La deuxième partie est une brève réponse aux contempteurs du théâtre, qui tient bien plus de la riposte tactique et circonstancielle que de la réfutation. Adoptant une stratégie similaire à celle qu’il avait choisie pendant la Querelle du Cid, Corneille ne développe pas de contre-arguments mais oppose, avec une certaine ironie, des faits et des institutions à des principes et des accusations, sapant ainsi le principe même de l’attaque : il met au défi les jansénistes de soumettre leurs écrits au jugement des autorités politiques et ecclésiastiques, tout en se proposant de le faire lui-même pour ses propres pièces ; puis il les renvoie à la traduction des comédies de Térence par l’un des leurs, avant de défendre l’effet cathartique de la représentation de l’amour malheureux.

Texte

Au Lecteur3

[NP1] Le nom d’Attila est assez connu, mais tout le monde n’en connaît pas tout le caractère4. Il était plus homme de tête que de main5, tâchait à diviser ses ennemis, ravageait les peuples indéfendus pour donner de la terreur aux autres et tirer tribut de leur épouvante, et s’était fait un tel empire sur les rois qui l’accompagnaient que, quand même il leur eût commandé des parricides, ils n’eussent osé lui désobéir. Il est malaisé de savoir quelle était sa religion ; le surnom de « Fléau de Dieu »6 qu’il prenait lui-même montre qu’il n’en croyait pas plusieurs. Je l’estimerais arien comme les Ostrogoths de son armée7, n’était la pluralité des femmes, que je lui ai retranchée ici8. Il croyait fort aux devins ; et c’était peut-être tout ce qu’il croyait. Il envoya demander par deux fois à l’empereur Valentinian9 sa sœur Honorie avec de grandes menaces, et en l’attendant il épousa [NP2] Ildione10 dont tous les historiens marquent la beauté, sans parler de sa naissance. C’est ce qui m’a enhardi à la faire sœur d’un de nos premiers rois, afin d’opposer la France naissante au déclin de l’Empire11. Il est constant12 qu’il mourut la première nuit de son mariage avec elle. Marcellin13 dit qu’elle le tua elle-même et je lui en ai voulu donner l’idée, quoique sans effet. Tous les autres rapportent qu’il avait accoutumé de saigner du nez, et que les vapeurs du vin et des viandes dont il se chargea fermèrent le passage à ce sang qui, après l’avoir étouffé, sortit avec violence par tous les conduits. Je les ai suivis sur la manière de sa mort, mais j’ai cru plus à propos d’en attribuer la cause à un excès de colère qu’à un excès d’intempérance14.

Au reste, on m’a pressé de répondre ici par occasion15 aux invectives qu’on a publiées depuis quelque temps contre la comédie16, mais je me contenterai d’en dire deux choses pour fermer la bouche à ces ennemis d’un divertissement si honnête et si utile. L’une, que je soumets tout ce que j’ai fait et ferai à l’avenir à la censure17 des puissances, tant ecclésiastiques que séculières, sous lesquelles Dieu me fait vivre ; je ne sais s’ils en voudraient faire autant18. L’autre, que la comédie est assez justifiée par cette célèbre [NP3] traduction de la moitié de celles de Térence que des personnes d’une piété exemplaire et rigide19 ont donnée au public, et ne l’auraient jamais fait si elles n’eussent jugé qu’on peut innocemment mettre sur la scène des filles engrossées par leurs amants et des marchands d’esclaves à prostituer20. La nôtre ne souffre point de tels ornements. L’amour en est l’âme pour l’ordinaire ; mais l’amour dans le malheur n’excite que la pitié, et est plus capable de purger en nous cette passion que de nous en faire envie21.

Il n’y a point d’homme au sortir de la représentation du Cid22 qui voulût avoir tué comme lui le père de sa maîtresse pour en recevoir de pareilles douceurs, ni de fille qui souhaitât que son amant eût tué son père pour avoir la joie de l’aimer en poursuivant sa mort23. Les tendresses de l’amour content sont d’une autre nature, et c’est ce qui m’oblige à les éviter. J’espère un jour traiter cette matière plus au long, et faire voir quelle erreur c’est de dire qu’on peut faire parler sur le théâtre toutes sortes de gens selon toute l’étendue de leurs caractères24.