IdT – Les idées du théâtre


 

Dédicace

Les Engagements du hasard

Corneille, Thomas

Éditeur scientifique : Pavesio, Monica

Description

Auteur du paratexteCorneille, Thomas

Auteur de la pièceCorneille, Thomas

Titre de la pièceLes Engagements du hasard

Titre du paratexteÉpître

Genre du texteDédicace

Genre de la pièceComédie

Date1657

LangueFrançais

ÉditionRouen, L. Maurry, et Paris, A. Courbé, 1657, in-12°. (Numérisation en cours)

Éditeur scientifiquePavesio, Monica

Nombre de pages6

Adresse source

Fichier TEIhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/tei/CorneilleTho-Engagements-Preface.xml

Fichier HTMLhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/html/CorneilleTho-Engagements-Preface.html

Fichier ODThttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/odt/CorneilleTho-Engagements-Preface.odt

Mise à jour2015-06-05

Mots-clés

Mots-clés français

GenreComédie

SourcesLos empeños de un acaso (Montalbán) ; Casa con dos puertas (Calderón)

SujetAdapté

RéceptionSuccès

Relations professionnellesRelations professionnelles avec son rival Boisrobert

Mots-clés italiens

GenereCommedia

FontiLos empeños de un acaso (Montalbán) ; Casa con dos puertas (Calderón)

ArgomentoAdattato

RicezioneSuccesso

Rapporti professionaliRelazioni professionali con il suo rivale Boisrobert

Mots-clés espagnols

GéneroComedia

FuentesLos empeños de un acaso (Montalbán) ; Casa con dos puertas (Calderón)

TemaAdaptado

RecepciónExito

Relaciones profesionalesRelaciones profesionales con su rival Boisrobert

Présentation

Présentation en français

Les Engagements du hasard sont la première pièce de théâtre du plus jeune des frères Corneille. La comédie, une adaptation de Los empeños de un acaso du dramaturge espagnol Juan Pérez de Montalbán, fut écrite vers 1647 et fut représentée anonymement à l’Hôtel de Bourgogne, avant la représentation du Feint astrologue, en 1648. Malgré son succès, Thomas Corneille ne permit pas que sa pièce fût imprimée et y consentit seulement quatre ans après, en 1651. C’est alors qu’il la révisa et ce fut seulement après le succès du Timocrate, en 1656, six ans après la demande du privilège, qu’il la donna au libraire, avec plusieurs passages et tout le quatrième acte remplacés par de nouveaux épisodes empruntés de la deuxième journée de la comedia Casa con dos puertas de Calderón. Dans l’épître, Thomas Corneille cite l’auteur et le titre de ses sources espagnoles, pratique très peu courante à l’époque chez les adaptateurs français de comedias, explique les différentes étapes de la création de sa première comédie et se défend très vivement d’avoir emprunté quelque chose à son rival Boisrobert.

Texte

Épître

Monsieur1,

{NP1} Quoique je vous fasse un assez mauvais présent, je ne laisse pas de prétendre que vous m’en soyez obligé, puisque pour vous donner des preuves de la déférence que j’ai pour tous vos sentiments, je m’impose à me faire condamner du public, en lui abandonnant un ouvrage que je n’en {NP2} saurais croire digne. Vous savez que je penchais entièrement à le supprimer et que n’étant qu’un premier essai2 de poésie, que je n’avais osé avouer quand il parut il y a sept ou huit ans sur le Théâtre de l’Hôtel de Bourgogne3, je faisais dessein4 de n’en permettre jamais l’impression5, mais vous vous y opposâtes si fortement pour l’intérêt du fameux D. Pedro Calderón, qui a traité cette comédie avec tant d’esprit, sous le même titre de Los empeños de un acaso6, que tout ce que je pus obtenir ce fut la liberté d’y changer ce que j’y trouvais de plus faible7; et pour me faciliter les moyens de le faire avec succès, vous me fîtes remarquer que, comme les Espagnols ne renoncent pas aisément à leurs premières idées quand {NP3} elles ont été suivies de quelque bonheur, le même Calderón avait fait une autre comédie intitulée, Casa con dos puertas mala es de guardar8, qui avait tant de rapport avec la mienne, qu’il ne me serait pas difficile d’en tirer de quoi fournir à ce que j’en retrancherais de languissant9. Ainsi de cet amas d’intrigues qui la soutiennent jusques à la fin, j’en choisis ce que j’y trouvai de plus agréables surprises, pour en faire un acte tout nouveau10 ; mais je ne prévoyais pas que ce sujet, qui était demeuré jusque là inconnu, malgré Les Fausses Vérités11, cesserait incontinent12 de l’être par l’adresse d’une des plus délicates plumes de notre siècle13, et que paraissant au théâtre avant ma correction, qu’une raison assez forte {NP4} m’obligeait à garder encore quelque temps dans le cabinet14, il pourrait faire soupçonner d’avoir porté envie à sa gloire15, par la conformité qui s’y trouve avec Les Engagements du Hasard que je vous présente. J’avoue que ce soupçon me semble avoir je ne sais quoi d’odieux, dont je ne saurais souffrir la tache16, et je ne vous offre pas tant ce poème pour vous intéresser à sa protection, qu’afin d’avoir droit de vous prier de rendre témoignage à la vérité. Il n’y a personne qui le puisse mieux que vous, vous connaissez jusques au fond de mon âme, et vous pouvez répondre pour moi, que quand je n’estimerais pas tous ceux qui écrivent aujourd’hui pour la scène au point que je les estime, je suis trop persuadé qu’il n’est {NP5} pas tout à fait beau de marcher sur les pas d’autrui, pour avoir jamais la pensée de m’engager à un dessein où j’aurais été prévenu17. Ayez donc la bonté de détromper ceux que vous verrez dans l’erreur que j’aie emprunté de L’Inconnue18 ce qu’il y a ici d’incidents semblables, et les assurez que j’honore trop particulièrement son illustre auteur, pour ne lui laisser pas toujours l’avantage entier de ses sujets. Ce n’est pas qu’il ne les choisisse d’ordinaire si brillants, que dans sa Préface de La Folle Gageure il s’étonne lui-même qu’ils ne me frappent point la vue19; mais quand j’aurais assez de faiblesse pour m’en laisser éblouir, et ne me souvenir plus qu’il y a quelque sorte d’injustice à ne laisser pas jouir chacun du fruit {NP6} de son travail, je n’oublierais pas qu’il y aurait trop à hasarder pour moi, à mesurer mes forces avec un si redoutable rival. En effet il tourne les choses d’une manière si galante, il donne tant d’agrément aux inventions les plus stériles et les plus déréglées des originaux espagnols, qu’il n’appartient qu’à lui seul d’en faire des copies qui les effacent20. Mais ce n’est pas ici le lieu de faire son éloge, et j’ai tort de vous entretenir de ce qui ne vous est pas moins connu, que la passion avec laquelle je suis,

Monsieur,

Votre très humble serviteur

T. Corneille