IdT – Les idées du théâtre


 

Dédicace

Le Théâtre d’Alexandre Hardy, Parisien. Tome premier.

Hardy, Alexandre

Éditeur scientifique : Cavaillé, Fabien

Description

Auteur du paratexteHardy, Alexandre

Auteur de la pièceHardy, Alexandre

Titre de la pièceLe Théâtre d’Alexandre Hardy, Parisien. Tome premier.

Titre du paratexteA Monseigneur de Montmorency. Duc, pair et amiral de France

Genre du texteDédicace

Genre de la pièceRecueil de tragédies, tragi-comédies, pastorales

Date1624

LangueFrançais

ÉditionParis, Jacques Quesnel, 1624, in-8°.

Éditeur scientifiqueCavaillé, Fabien

Nombre de pages3

Adresse sourcehttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k71571j/f1.image.r=Alexandre+Hardy.langFR

Fichier TEIhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/tei/Hardy-TomeI-Dedicace.xml

Fichier HTMLhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/html/Hardy-TomeI-Dedicace.html

Fichier ODThttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/odt/Hardy-TomeI-Dedicace.odt

Mise à jour2012-12-04

Mots-clés

Mots-clés français

ExpressionStyle tragique

Relations professionnellesCabale ; mécénat

Mots-clés italiens

EspressioneStile tragico

Rapporti professionaliConflitti ; mecenatismo

Mots-clés espagnols

ExpresiónEstilo trágico

Relaciones profesionalesPolémicas literarias ; mecenazgo

Présentation

Présentation en français

L’Épître à Montmorency est le premier des paratextes du Théâtre d’Alexandre Hardy, Parisien dont le premier tome paraît en 1624. Si l’idée d’une série de volumes recueillant ses meilleures pièces naît en 1622 (Alexandre Hardy prend un privilège pour ses œuvres le 8 octobre 1622), la publication du Théâtre est retardée de deux ans, à cause de l’impression précipitée des Chastes et loyales amours de Théagène et Chariclée en 1623. Ce faux départ, en quelque sorte, explique pourquoi les deux premiers paratextes du Théâtre sont moins des programmes qu’une défense de l’œuvre après les premières attaques suscitées par la publication de Théagène et Chariclée. Les œuvres d’Alexandre Hardy paraissent au moment où s’entrecroisent plusieurs querelles sur la langue française, l’expression littéraire et les rapports entre morale et poésie : autour de l’héritage de Ronsard et de la réforme malherbienne, essentiellement, mais aussi autour du style des Essais de Montaigne et autour du procès de Théophile de Viau. À des degrés divers, les épîtres et les avis au lecteur de Hardy participent de ces polémiques.

Selon un usage déjà bien établi dans l’édition théâtrale, le premier tome s’ouvre sur une dédicace au plus grand protecteur des poètes des années 1620 : Henri II de Montmorency. L’épître dédicatoire commence par l’éloge du duc en montrant que les poètes ne peuvent lui rendre hommage que par la tragédie puisque celle-ci a pour sujet les actions héroïques et vertueuses. Mais la tragédie nécessite aussi un style, une « mâle vigueur » que Hardy va défendre contre les attaques des poètes de cour. Il définit, par opposition à la poésie amoureuse et au style malherbien, ce que doit être l’expression tragique : une expression qui soit sans art, qui ne s’attache pas au travail de la forme mais à la nature. Jusqu’au tome V de 1628, les autres paratextes de Hardy vont développer cette première définition.

Texte

A Monseigneur de Montmorency1,

Duc, pair et amiral de France

Monseigneur,

[NP1] Ce petit ouvrage se jette en la franchise2 de votre autel, comme au plus accessible et glorieux, où les Muses françaises trouvent journellement une inviolable sûreté, où elles appendent3 chacune à l’envi de ces couronnes qui immortalisent leur protecteur. Au surplus, la vérité m’émancipera de dire en faveur de ma [NP2] profession, que le style tragique toujours occupé par les actions les plus relevées de la vertu, ne saurait que plaire à celui qui en réduit à toutes occasions les paroles en effet, comme Phœnix perpétué de l’une des plus illustres et anciennes maisons de France, en laquelle depuis Charlemagne, une infinité d’Achilles se célèbrent par l’oracle de l’Histoire, et rallument en vous, Monseigneur, le flambeau d’une renommée, qui ne saurait moins durer que le monde4. Or sans descendre plus avant en ce labyrinthe de louanges, qui offensent plus leur sujet qu’elles ne le glorifient, et pour n’imiter ces méchants orfèvres, qui veulent emprisonner l’escarboucle dans quelque chaton sans artifice, et sans valeur, je me contenterai à l’exemple des médecins qui disposent les malades à la réception de quelque drogue, salutaire en son amertume, de conjurer votre clémence (si d’aventure elle daigne donner quelques heu[NP3]res perdues à la lecture de ce livre) de pardonner à cette mâle vigueur que désirent les vers tragiques5, à peu près comparables aux dames vertueuses, qui ne veulent emprunter leur beauté que de la nature : vers qui demandent une égalité partout, sans pointes, sans prose rimée6, sans faire d’une mouche un éléphant, et sans une artiste liaison de paroles affectées, ampoules d’eau plus propres à délecter la vue des petits enfants7, qu’à contenter un esprit solide et judicieux, tel que le vôtre, Monseigneur, qui me promet la souscription d’une tant civile et équitable requête, en laquelle consiste, outre le gain de ma cause, une perpétuelle obligation de demeurer,

Monseigneur,

Votre très humble et très obéissant serviteur

A. Hardy