IdT – Les idées du théâtre


 

Préface

Le Souper mal apprêté

Noël Lebreton, dit Hauteroche

Éditeur scientifique : Piot, Coline

Description

Auteur du paratexteNoël Lebreton, dit Hauteroche

Auteur de la pièceNoël Lebreton, dit Hauteroche

Titre de la pièceLe Souper mal apprêté

Titre du paratexteAu lecteur

Genre du textePréface

Genre de la pièceComédie en un acte

Date1670

Languefrançais

ÉditionParis : G.Quinet, 1670, in-12°

Éditeur scientifiquePiot, Coline

Nombre de pages3

Adresse sourcehttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k109762n/f169.image.r=Hauteroche,%20No%C3%ABl%20Lebreton.langFR

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Mise à jour2017-03-30

Mots-clés

Mots-clés français

GenrePetite comédie

SujetSujet simple

DramaturgieUn acte

RéceptionSuccès

ExpressionStyle naturel ; style comique ; style naïf

Mots-clés italiens

Mots-clés espagnols

Présentation

Présentation en français

Après avoir rappelé le succès de sa pièce, Hauteroche se félicite d’avoir composé une comédie sans tomber dans l’écueil de la scurrilité, selon un raisonnement assez proche de celui que développait Racine un an plus tôt dans la préface des Plaideurs. Comme lui, Hauteroche prétend faire rire le spectateur sans avoir recours aux équivoques grivoises. La spécificité de cette préface est d’exposer pour la première fois une forme d’art poétique miniature de la petite comédie. Hauteroche en effet le premier – et le seul - à développer une réflexion nuancée sur la nature de ce genre en vogue depuis les Précieuses ridicules de Molière, parues dix ans auparavant. Il propose une définition du genre par opposition à la grande dont il se différencierait selon trois critères  : l’ampleur, le style, l’action. La petite comédie ne compte qu’un acte ; elle est écrite en style naturel et naïf ; elle ne met pas en scène de grandes passions mais des idées « toutes simples ». L’originalité de cette définition est d’inverser la hiérarchie attendue des genres dramatiques : la brièveté et la simplicité propres à la petite comédie sont présentées comme des contraintes génériques avec lesquelles le dramaturge doit composer pour éprouver sa virtuosité. Il bouleverse aussi la hiérarchie des styles en suggérant qu’il y a davantage de mérite à inventer de bons vers dans une petite comédie qu’à en trouver pour soutenir la passion de grands héros. De manière originale, Hauteroche exploite dans cette préface, pour différencier deux types de comédies, une argumentation habituellement utilisée par les textes contemporains pour distinguer la comédie de la tragédie au profit de la première. S’il met ainsi en valeur Le Souper mal apprêté, il termine toutefois par la mention d’une précédente comédie en cinq actes de sa main, valant pour preuve de la plasticité de sa maîtrise du genre comique.

Texte

Au lecteur

{p. 153}Quoique cette petite pièce ait été représentée dans un temps favorable pour la comédie1, elle n’a pas laissé d’avoir un peu de réussite2, et d’être applaudie de la plus grande partie de ceux qui l’ont vue sur le théâtre de l’Hôtel de Bourgogne. Quantité de gens, qui sans doute ont été trop favorablement prévenus pour elle, en ont trouvé l’invention particulière, la conduite assez raisonnable, la versification naturelle, et, surtout, purgée de ces basses expressions qui, d’ordinaire, sont remplies de quolibets3, ou de ces sales équivoques, capables de donner du dégoût à l’honnête homme, et de causer l’indignation du beau sexe4. Après un jugement si avantageux, j’ai cru que je pouvais hasarder sur le papier ce qui n’avait pas déplu à la représentation. S’il arrive que quelque lecteur se chagrine de {p. 154} n’y point rencontrer de ces grands vers forts et pompeux, je le prie, avant que de me condamner, de considérer que la matière ne le demande pas ; que c’est une pièce d’un acte, où l’on n’a pas la liberté de s’étendre ; et que les vers qui content naturellement un sujet ne coûtent pas moins à l’imagination que ceux qui sont remplis de grands mots, et qui souvent, avec toute leur pompe, ne signifient que très peu de chose. La raison qui fait que ces sortes de vers ne donnent pas moins de peine à tourner que les autres est que l’imagination, étant seule attachée à rendre compte des choses arrivées hors de la vue des spectateurs, ou à faire naître, ou à débrouiller quelques incidents, ou bien à faire venir quelque acteur sur la scène, n’a pas la même chaleur que quand elle est échauffée par le mouvement de quelque passion : en cet état, elle est lente dans ses productions ; elle n’est point excitée par les grands sentiments ; les idées qui l’occupent ne lui présentent rien d’élevé ; au contraire, {p. 155}elles sont toutes simples, et ne demandent que très peu de discours, et beaucoup de naïveté. J’ose bien dire que dans l’Amant qui ne flatte point5, il y a d’assez beaux vers ; mais, comme c’est une comédie de cinq actes, il ne m’a pas été difficile d’y trouver leur place.