IdT – Les idées du théâtre


 

Préface

Crispin précepteur

Jean-François Juvenon, dit La Tuillerie

Éditeur scientifique : Piot, Coline

Description

Auteur du paratexteJean-François Juvenon, dit La Tuillerie

Auteur de la pièceJean-François Juvenon, dit La Tuillerie

Titre de la pièceCrispin précepteur

Titre du paratexteÀ un ami qui est à la campagne

Genre du textePréface

Genre de la pièceComédie

Date1680

LangueFrançais

ÉditionParis, Ribou, 1680, in-12°. (Numérisation en cours)

Éditeur scientifiquePiot, Coline

Nombre de pages3

Adresse source

Fichier TEIhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/tei/LaTuillerie-CrispinPrecepteur-Preface.xml

Fichier HTMLhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/html/LaTuillerie-CrispinPrecepteur-Preface.html

Fichier ODThttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/odt/LaTuillerie-CrispinPrecepteur-Preface.odt

Mise à jour2014-11-03

Mots-clés

Mots-clés français

GenreComédie

ActionComique

RéceptionRire

FinalitéFaire rire

Mots-clés italiens

GenereCommedia

AzioneComica

RicezioneRiso

FinalitàFar ridere

Mots-clés espagnols

GéneroComedia

AcciónCómica

RecepciónReír

FinalidadHacer reír

Présentation

Présentation en français

La Tuillerie exploite dans cette préface un procédé rhétorique consacré, l’écriture d’une lettre à un ami géographiquement éloigné de Paris et de son actualité théâtrale. Le dispositif est efficace pour parler de la réception de sa pièce : tout en mentionnant son succès lors de la représentation, le dramaturge évoque les réticences des spectateurs à l’issue de celle-ci. En quelques lignes, la préface donne un tableau vivant des usages de la réception dramatique, aussi bien du point de vue du dramaturge, qui commandite un informateur dans la salle, acheté par l’offre d’une place gratuite, que du point de vue des spectateurs qui, échangent leurs impressions à la sortie du spectacle, se répartissent en deux groupes distincts, le parti du « pour », le parti du « contre ». La préface donne alors accès, derrière le filtre de la fiction, aux pratiques effectives de réception des comédies.

L’intérêt de cette préface réside surtout dans la réflexion qu’elle ouvre sur la nature du comique. Les spectateurs mécontents ne contestent pas l’effet du spectacle – ils ont ri – mais les causes du rire, en distinguant sujet risible et sujet non risible. Loin de s’en offenser, l’auteur entend « divertir » son destinataire en mettant en scène avec humour les reproches du public. Les propos désobligeants sont ainsi désinvestis de leur charge satirique ; sans menacer la réception de la comédie par le lecteur, ils concourent au contraire à le faire entrer, dès la préface, dans le monde du rire, dans lequel même l’auteur ne se prend pas au sérieux.

Texte

A un ami qui est à la campagne1

{NP1} Vous me l’aviez bien dit, que je ne pourrais m’empêcher de faire parler de moi. Que voulez-vous ? J’espérais que ma petite comédie ferait rire ; on y a ri. Et pour vous divertir aussi, non pas en vous envoyant ma pièce, je vous dirai qu’une personne que j’avais priée d’aller dans le parterre pour savoir ce que l’on en dirait en la voyant représenter, vint après la comédie {NP2} me dire avec sincérité que plusieurs gens en avaient parlé de différentes manières, mais que nul n’avait dit qu’elle fût bonne ; que, entre autres, un homme assez bien mis, et qui paraissait avoir de l’esprit, dit : Voilà qui est assez méchant, et qui me demanderait pourquoi j’y ai ri, m’embarrasserait fort. Un autre ajouta : La Tuillerie pouvait bien se passer de nous faire rire sans sujet, disant qu’il n’y en n’avait pas trouvé2. Par bonheur, un de mes amis, se trouvant là, voulut prendre mon parti. Je l’avais fait entrer à la comédie sans payer. Si celui, dit-il, qui l’a faite n’a pas prétendu vous donner une bonne chose, il n’a pas cru aussi vous faire un méchant présent. Enfin, je fus tout étonné de l’esprit que je trouvai dans mon ami3. Je lui demandai si ce qu’il m’avait dit n’avait point fait changer d’avis à ces deux Messieurs ; il me répondit qu’il ne le croyait pas, car ils étaient sortis sans lui vouloir répondre, et que c’était là {NP3} où il les attendait. Je vous prie pourtant, malgré les injustices du siècle, de recevoir ce petit présent de la part de votre véritable ami,

La Tuillerie