IdT – Les idées du théâtre


 

Prologue

Le Fidèle. Comédie par Pierre de Larivey Champenois

Larivey, Pierre de

Éditeur scientifique : De Capitani, Patrizia

Description

Auteur du paratexteLarivey, Pierre de

Auteur de la pièceLarivey, Pierre de

Titre de la pièceLe Fidèle. Comédie par Pierre de Larivey Champenois

Titre du paratextePrologue

Genre du textePrologue

Genre de la pièceComédie

Date1611

LangueFrançais

ÉditionTroyes : Pierre Chevillot, 1611, in-12°. (Numérisation en cours)

Éditeur scientifiqueDe Capitani, Patrizia

Nombre de pages7

Adresse source

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Fichier HTMLhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/html/Larivey-Fidele-Prologue.html

Fichier ODThttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/odt/Larivey-Fidele-Prologue.odt

Mise à jour2013-07-25

Mots-clés

Mots-clés français

GenreComédie sérieuse, moralisante

SourcesContemporaines

SujetHistoire d’amours et d’infidélités

Personnage(s)Personnages graves / types comiques traditionnels

FinalitéÉdifier / faire rire

Mots-clés italiens

GenereCommedia grave, moraleggiante

FontiContemporanee

ArgomentoStorie di amori e di infedeltà

Personaggio(i)Personaggi gravi / tipi comici tradizionali

FinalitàEdificare / far ridere

Mots-clés espagnols

GéneroComedia seria, moralizante

FuentesContemporáneas

TemaHistorias de amores y de infidelidades

Personaje(s)Personajes graves ; tipos cómicos tradicionales

FinalidadEdificar / hacer reír

Présentation

Présentation en français

Le Fidèle est la plus sombre des pièces qui, avec la Constance et les Tromperies, composent le recueil de trois comédies adaptées de l’italien que Larivey fit paraître en 1611 (Troyes: Pierre Chevillot). Le Prologue du Fidèle jette les bases en France d’un nouveau type de comédie, la comédie sérieuse ou grave, en vogue en Italie depuis les années 1560-1570 et dont le représentant le plus éminent, sinon l’inventeur, fut le Pérousin Sforza Oddi ou degli Oddi (1540-1611). Traduction littérale du prologue de la pièce italienne Il Fedele du Vénitien Luigi Pasqualigo, le prologue du Fidèle contient certains éléments de cette nouvelle sensibilité. On retiendra d’abord la plus grande attention portée au sujet (ou argument) qu’aux questions dramaturgiques telles que le respect des règles, l’imitation des auteurs de l’Antiquité ou les revendications de modernité. Il faut ensuite signaler l’insistance sur l’enseignement à tirer de l’histoire représentée ainsi que le refus de laisser la place à certains personnages comiques qui avaient fait le succès de la comédie de la première moitié du XVIe siècle1. La notion de tragi-comédie, implicitement évoquée par Sforza Oddi dans son célèbre prologue de la Prigione d’Amore (1576)2, n’intervient pas dans celui du Fidèle où il est essentiellement question de morale et de leçons à tirer des mésaventures amoureuses dont les femmes, en l’occurrence une femme, portent la plus grande responsabilité. Dans sa dédicace au très illustre Aluigi Georgio, Pasqualigo déclare s’être inspiré pour le Fedele d’une histoire personnelle. Ce mélange entre biographie, récit, vengeance, repentir et leçons morales a probablement attiré Larivey, devenu chanoine à Troyes en 1586 et ordonné prêtre l’année suivante, toujours sensible à ce qui se produisait de nouveau, voire de rare, dans le domaine du théâtre italien.

Texte

Prologue

{2} Je ne pense pas, nobles spectateurs, qu’il soit besoin me beaucoup travailler3 pour vous montrer quel grand contentement apporte la souvenance des travaux et des misères passées4 à celui qui arrive à bon et assuré port par la bénignité des Cieux ne craint plus la malignité de fortune, parce qu’étant les choses d’ici bas ainsi disposées par le souverain facteur qu’elles sont et demeurent toujours en un continuel mo[uve]ment, ne se trouve aucun qui ne soit peu ou beaucoup agité de ce continuel flux et reflux et qu’à cette occasion il n’en ait ample connaissance. De là advient que chacun au mieux que {NP2} lui est possible s’efforce le manifester à autrui et s’en trouve d’autres qui tâchent d’en faire couler la mémoire jusqu’à l’âge futur. Mais jaçoit qu’en5 tous se trouve ce désir de toutes les choses, comme je crois sans plus grande comparaison j’estime qu’il se démontre ès fortunes d’Amour, puisqu’elles, tant pour les bonnes affaires que pour les mauvaises s’approuvant6 en celles-ci, nous laissent un bien large champ, et qui le dirait infini, peut-être ne se tromperait pas. De quoi mes belles et gracieuses dames, je vous veux rendre un meilleur témoignage, étant certain que par épreuve vous connaîtrez quelles et combien grandes sont les flammes d’Amour et les travaux qu’on en remporte. Cette même cause a ému7 un certain personnage à com{3}poser cette comédie, intitulée le Fidèle parce qu’un sien ami, ayant par mauvaise fortune été induit à aimer une, qui sous l’apparence d’un beau corps tenait caché un esprit peut-être sorti d’Enfer, où l’on croit qu’ores il y soit retourné, ne se contentant de lui avoir dérobé son cœur, et oubliant sa longue servitude et l’amour qu’il lui portait, prenant occasion d’un bref éloignement, cette bonne créature se donna en proie à Fortun[é], et ainsi perfidement abandonnant celui qui tant l’aimait, se mit à aimer un, qui non seulement l’avait en horreur, mais semblait être né ennemi de toutes les femmes, de façon que sa mauvaise langue déchirait continuellement leur sexe. De cette tant cruelle Victoire (car tel était son nom) advint que le pauvre et misérable {NP3} Fidèle, ému de rage, communiqua le tout à Cornille mari d’elle, puis ne pouvant souffrir que celle-ci à son occasion8 endurât la moindre peine du monde, fit tant que son mari lui pardonna, et cela lui semblant peu, pardonna à Fortuné qui l’avait tant offensé, et refusa l’amitié de Virginie, noble Damoiselle, laquelle par le moyen de Méduse enchanteresse, fut déçue9 par icelui Fortuné, puis après avoir apaisé le père d’elle, l’accorda à lui, et se l’ôta à soi-même10.

Or, puisqu’il a plu à la souveraine bonté de l’adresser à meilleur chemin, pour son enseignement et celui d’autrui, je vous vais ores représenter tout le succès11 de ces divers accidents. Donc si quelqu’un est ici venu en intention de rire, espérant voir représenter la simplicité d’un vieil{4}lard et ancien marchand, les sottises d’un niais valet, les gourmandises et déshonnêtetés d’un écornifleur, et l’immondicité d’un ivrogne12, chose[s] à mon jugement vergogneuses13 à représenter à tous nobles et sublimes esprits, je le prie s’en aller ailleurs, pour ce que cette comédie, différente quasi de toutes les autres, et assez longue, ne représente rien de tout cela, et ce qui importe le plus, c’est qu’elle, étant enfantée d’un juste dédain, [a] peut-être plus d’ennui et de fâcherie14 que d’allégresse et recréation. Partant sortez d’ici, je vous en prie derechef. Mais je regarde de tous côtés, et ne vois aucun qui se bouge pour s’en aller. Si êtes résolus de demeurer au moins par courtoisie, soyez paisibles. Et vous Mesdames préparez-vous aussi avec bonne pa{NP4}tience de recevoir les coups que vous donneront les poignantes langues15 des personnages de la scène, et s’il vous semble que l’auteur n’a trop bien fait de publier ces menteries, qu’à votre préjudice et déshonneur de votre sexe Fortuné a pris plaisir de dire, ayez-le pour excusé parce que celui-ci, voulant raconter la vérité du succès16, lui a été aussi nécessaire de faire ainsi. Mais soyez assurées que tout ce qu’à votre blâme il pourra dire sera seulement dit au déshonneur de celles qui opèrent aussi méchamment comme a fait Victoire. Car en l’égard de vous autres, anges terrestres ès faces desquelles se voient la pitié, l’amour et la chasteté aller de rang17, combien que occasionnez infinis dommages aux jeunes amants, on ne peut dire autre chose que bien. Prenez donc le tout en {5} bonne part et pardonnez à l’auteur cette honnête faute, si faute y [a]. Et d’autre part demeurez contentes des louanges qu’il vous donne, lesquelles d’autant plus vous devront rendre satisfaites de lui qu’elles lui ont été dictées par la vérité et puis le blâme qui naît simplement d’une âpre passion qui, lui offusquant la lumière de l’intellect, le transporte (et peut-être contre sa volonté) à dire choses desquelles il sent et sentira toujours un extrême repentir. Soyez donc attentives, si ne voulez que quelque mauvaise langue, ou quelque compagnon de Fortuné, dis[e] que vous n’avez pu vous taire, parce qu’avez été piquées jusqu’au vif, et qu’il vous fait trop mal d’avoir entendu dire la vérité. Mais voici René, serviteur de Fortuné, qui sort dehors, écoutez-le.