IdT – Les idées du théâtre


 

Préface

Le Docteur amoureux

Le Vert

Éditeur scientifique : Charrié, Noëmie

Description

Auteur du paratexteLe Vert

Auteur de la pièceLe Vert

Titre de la pièceLe Docteur amoureux

Titre du paratexteAu Lecteur

Genre du textePréface

Genre de la pièceComédie

Date1638

LangueFrançais

ÉditionParis : A. Courbé, 1638, in-4°.

Éditeur scientifiqueCharrié, Noëmie

Nombre de pages3

Adresse sourcehttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k71493k/f1

Fichier TEIhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/tei/LeVert-Docteur-amoureux-Preface.xml

Fichier HTMLhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/html/LeVert-Docteur-amoureux-Preface.html

Fichier ODThttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/odt/LeVert-Docteur-amoureux-Preface.odt

Mise à jour2013-06-11

Mots-clés

Mots-clés français

ActionÉpisode

Personnage(s)Docteur ; dottori italiens

ReprésentationHôtel de Bourgogne

RéceptionReprésentation / lecture

Relations professionnellesÉloge des comédiens

AutreChoix du titre

Mots-clés italiens

AzioneEpisodio

Personaggio(i)Dottore ; dottori italiani

RappresentazioneHôtel de Bourgogne

RicezioneRappresentazione / lettura

Rapporti professionaliLode dei comici

AltriScelta del titolo

Mots-clés espagnols

AcciónEpisodio

Personaje(s)Doctor ; dottori italianos

RepresentaciónHôtel de Bourgogne

RecepciónRepresentación vs lectura

Relaciones profesionalesElogio de los actores

OtrasElección del título

Présentation

Présentation en français

L’avis « Au lecteur » du Docteur amoureux marque un double passage : celui d’un sujet particulier devenant auteur public, et d’une représentation théâtrale se faisant texte imprimé. Dans un contexte d’effervescence de l’art dramatique – un an après la « Querelle du Cid », deux ans avant la rédaction de La Pratique du Théâtre par l’abbé d’Aubignac – l’entrée dans l’espace (hautement symbolique) du livre exige le déploiement d’une dialectique entre affirmation et retenue. Aussi, Le Vert use tout le long de sa préface de la figure de prétérition, refusant de faire l’éloge de ce qui n’est, à ses yeux, qu’un « coup d’essai », tout en insistant sur le succès de la représentation donnée à l’Hôtel de Bourgogne. À cet égard, l’hommage rendu aux comédiens témoigne du phénomène de réhabilitation du métier d’acteur et des lettres de noblesse nouvellement attachées à cet état. Soumise à de plus hautes exigences, comme en témoigne La Comédie des comédiens (1635) de Scudéry, leur adresse est ici susceptible de supplanter le plaisir, sinon le bénéfice, procuré par la seule lecture. De la sorte, Le Vert peut d’autant mieux légitimer le choix de son titre, puisque c’est en valorisant le nom d’un « personnage épisodique – le type du « docteur », issu de la comédie italienne – que les comédiens ont établi la renommée de sa pièce auprès du public.

Texte

AU LECTEUR            

[NP1]Lecteur, je te donne une pièce dans une raisonnable médiocrité1. Les défauts que tu y remarqueras, ne sont pas assez grands pour la faire mépriser aux délicats, ni ses beautés assez suspectes pour mériter qu’on en dégoûte le monde. Je me dépouille moi-même de l’affection que je devrais avoir pour elle, et comme je ne la crois point parfaite, je ne prétends point aussi faire son apologie, ni excuser ce qu’il y a de faible. Le sujet n’est pas peut-être dans cette sévère justesse que les fâcheux demandent2; aussi serais-je bien marri que mon coup d’essai eût été un coup de maître, puisque j’aurais de la peine à me surmonter par après moi-même, si l’humeur m’en disait encore une fois. Je suis bien aise en cela de n’avoir affaire qu’à moi, et [NP2] puisque j’ai presque contenté la cour3, en ne faisant que médiocrement, je me promets que je la satisferai absolument4, quand j’entreprendrai quelque chose où je réussisse mieux5. Ce n’est pas après tout, que je te veuille persuader que cet ouvrage ne soit pas assez bon pour être lu. Je ne suis pas si peu jaloux de l’honneur qu’il a acquis à la représentation, que je m’efforce à t’en donner de mauvaises impressions6; ma réputation et le libraire n’y trouveraient pas leur compte, et je désobligerais contre toute sorte de raison quantité d’excellentes personnes qui lui ont donné de favorables applaudissements. Au contraire, s’il m’était ici permis de lui donner les louanges qu’il mérite, je te dirais des choses de la Vieille et de Julien qui leur seraient presque dues, et je mettrais particulièrement Fabrice en posture de nazarder7 tous les plus raffinés Dottori des Italiens8. Mais je tomberais peut-être dans un défaut dont je ne suis point capable, et l’on croirait justement que tout le monde les aurait désapprouvés, puisque je ferais moi-même leurs éloges. J’en laisse le jugement aux habiles désintéressés qui [NP3] l’ont vu représenter, et te conseille, lecteur, de suspendre le tien, jusqu’à ce que tu l’aies ouï par la bouche des originaux. Les comédiens y donnent des grâces que tu ne saurais t’imaginer en le lisant9, de sorte que ceux qui lui font visite dans l’Hôtel de Bourgogne, l’estimeront toujours davantage que les autres qui ne le connaîtront que par la lecture. Au reste sans trancher de l’auteur, et sans m’embarrasser à te rendre raison pourquoi, le Docteur n’étant qu’un épisode10, je n’appelle pas cette pièce du nom de son héros ou de l’héroïne, je te dirai seulement que j’ai voulu en cela imiter les comédiens qui ont toujours convié les honnêtes gens, et attiré le bourgeois sous le nom de Fabrice11. En effet je crois, si tu n’es de mauvaise humeur, que ses nouvelles grâces te satisferont, et que tu excuseras facilement si les autres personnages se contentent de ne rien dire de mauvais. Adieu lecteur, et puisque je te dis moi-même que je n’estime point cet ouvrage parfait, garde-toi bien de le censurer parce que nous ne serions pas amis.