IdT – Les idées du théâtre


 

Préface

Les Fâcheux

Molière

Éditeur scientifique : Louvat-Molozay, Bénédicte

Description

Auteur du paratexteMolière

Auteur de la pièceMolière

Titre de la pièceLes Fâcheux

Titre du paratexteSans titre

Genre du textePréface

Genre de la pièceComédie

Date1662

LangueFrançais

ÉditionParis, Guillaume de Luyne (ou Claude Barbin, ou Jean Guignard, ou Charles de Sercy), 1662, in-12°.

Éditeur scientifiqueLouvat-Molozay, Bénédicte

Nombre de pages7

Adresse sourcehttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b86107890.r=.langFR

Fichier TEIhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/tei/Moliere-LesFacheux-Preface.xml

Fichier HTMLhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/html/Moliere-LesFacheux-Preface.html

Fichier ODThttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/odt/Moliere-LesFacheux-Preface.odt

Mise à jour2013-10-15

Mots-clés

Mots-clés français

GenreBallet et comédie

DramaturgieEntractes ; épisodes ; cinq actes ; règles

Personnage(s)Importuns

ReprésentationFête de cour ; roi

MetadiscoursExamen ; Horace ; Aristote

Mots-clés italiens

GenereBalletto e commedia

DrammaturgiaIntervalli ; episodi ; cinque atti ; regole

Personaggio(i)Fastidiosi

RappresentazioneFesta di corte ; rè

MetadiscorsoEsame ; Orazio ; Aristotele

Mots-clés espagnols

GéneroBallet y comedia

DramaturgiaEntreactos ; episodios ; cinco actos ; reglas

Personaje(s)Fastidiosos

RepresentaciónFiesta en la corte ; rey

MetadiscursoExamen ; Horacio ; Aristótele

Présentation

Présentation en français

L’avertissement des Fâcheux, comédie ponctuée d’entrées de ballet créée à Vaux-le-Vicomte puis immédiatement reprise à Fontainebleau au mois d’août 1661, est le premier texte de Molière qui ait quelque prétention théorique. La théorie dramatique venait alors d’être remise à l’honneur par la publication coup sur coup de La Pratique du Théâtre (1657) de l’abbé d’Aubignac et des trois volumes du Théâtre (1660) de Corneille accompagnés de trois Discours préliminaires et d’Examens placés en tête des pièces, ouvrages avec lesquels le comédien-poète prend plaisamment ses distances, pour mieux affirmer la nouveauté du genre qu’il est en train d’inventer. Molière donne en effet le récit des circonstances dans lesquelles a été composée la première « comédie-ballet » et formule son aspiration minimale : « ne faire qu’une seule chose du Ballet et de la Comédie ».

Texte

[NP1] Jamais entreprise au Théâtre ne fut si précipitée que celle-ci ; et c’est une chose, je crois, toute nouvelle, qu’une Comédie ait été conçue, faite, apprise, et représentée en quinze jours1. Je ne dis pas cela pour me piquer de l’Impromptu2, et en prétendre de la gloire ; mais seulement pour prévenir certaines gens, qui pourraient trouver à redire, que je n’aie pas mis ici toutes les espèces de Fâcheux, qui se trouvent. Je sais que le nombre en est grand, et à la Cour, et dans la Ville, et que [NP2] sans Episodes3, j’eusse bien pu en composer une Comédie en cinq Actes bien fournis4, et avoir encore de la matière de reste. Mais dans le peu de temps qui me fut donné, il m’était impossible de faire un grand dessein, et de rêver beaucoup sur le choix de mes Personnages, et sur la disposition de mon sujet. Je me réduisis donc à ne toucher qu’un petit nombre d’Importuns ; et je pris ceux qui s’offrirent d’abord à mon esprit, et que je crus les plus propres à réjouir les augustes personnes devant qui j’avais à paraître ; et, pour lier promptement toutes ces choses ensemble, je me [NP3] servis du premier nœud que je pus trouver. Ce n’est pas mon dessein d’examiner maintenant si tout cela pouvait être mieux, et si tous ceux qui s’y sont divertis ont ri selon les règles5 : Le temps viendra de faire imprimer mes remarques sur les Pièces que j’aurai faites : et je ne désespère pas de faire voir un jour, en grand Auteur, que je puis citer Aristote et Horace. En attendant cet examen, qui peut-être ne viendra point, je m’en remets assez aux décisions de la multitude6 ; et je tiens aussi difficile de combattre un Ouvrage que le public approuve, que d’en dé[NP4]fendre un qu’il condamne.

Il n’y a personne qui ne sache pour quelle réjouissance la Pièce fut composée ; et cette fête a fait un tel éclat, qu’il n’est pas nécessaire d’en parler7 ; mais il ne sera pas hors de propos de dire deux paroles des ornements qu’on a mêlés avec la Comédie.

Le dessein était de donner un Ballet aussi ; et comme il n’y avait qu’un petit nombre choisi de Danseurs excellents, on fut contraint de séparer les Entrées de ce Ballet8, et l’avis fut de les jeter dans les Entractes de la Comédie, afin que ces intervalles donnassent temps aux [NP5] mêmes Baladins9 de revenir sous d’autres habits. De sorte que pour ne point rompre aussi le fil de la Pièce, par ces manières d’intermèdes, on s’avisa de les coudre au sujet du mieux que l’on put, et de ne faire qu’une seule chose du Ballet, et de la Comédie : mais comme le temps était fort précipité, et que tout cela ne fut pas réglé entièrement par une même tête10, on trouvera peut-être quelques endroits du Ballet, qui n’entrent pas dans la Comédie aussi naturellement que d’autres. Quoi qu’il en soit, c’est un mélange qui est nouveau pour nos Théâtres, et dont on pour[NP6]rait chercher quelques autorités dans l’Antiquité11 ; et comme tout le Monde l’a trouvé agréable, il peut servir d’idée à d’autres choses, qui pourraient être méditées avec plus de loisir.

D’abord que12 la toile fut levée, un des Acteurs, comme vous pourriez dire moi, parut sur le Théâtre en habit de Ville, et s’adressant au Roi avec le visage d’un homme surpris, fit des excuses en désordre sur ce qu’il se trouvait là seul, et manquait de temps, et d’Acteurs pour donner à sa Majesté le divertissement qu’elle semblait attendre. En même [NP7] temps, au milieu de vingt jets d’eau naturels, s’ouvrit cette coquille, que tout le monde a vue ; et l’agréable Naïade13 qui parut dedans s’avança au bord du Théâtre, et d’un air héroïque prononça les Vers, que Monsieur Pellisson14 avait faits, et qui servent de Prologue.