IdT – Les idées du théâtre


 

Préface

Tragique comédie française de l’homme justifié par Foi

Barran, Henri de

Éditeur scientifique : Lardon, Sabine

Description

Auteur du paratexteBarran, Henri de

Auteur de la pièceBarran, Henri de

Titre de la pièceTragique comédie française de l’homme justifié par Foi

Titre du paratexteAu Lecteur

Genre du textePréface

Genre de la pièceTragique comédie

Date1554

LangueFrançais

Éditions. l., s. n., 1554, in-8°

Éditeur scientifiqueLardon, Sabine

Nombre de pages3

Adresse sourcehttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k702797.r

Fichier TEIhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/tei/Barran-Hommejustifie-Preface.xml

Fichier HTMLhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/html/Barran-Hommejustifie-Preface.html

Fichier ODThttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/odt/Barran-Hommejustifie-Preface.odt

Mise à jour2013-04-02

Mots-clés

Mots-clés français

GenreTragique comédie

SourcesÉcriture sainte

SujetDoctrine chrétienne ; emprunts aux Écritures

DramaturgieDivision en actes ; division en scènes

ReprésentationDialogue public ; pause ; farce après les pièces sacrées ; respect des spectateurs envers Dieu et les Écritures

FinalitéSainteté ; utilité ; enseignement ; édification

ExpressionDialogue ; vers ; refus des ornements poétiques ; style bas

Mots-clés italiens

GenereTragica commedia

FontiSacre Scritture

ArgomentoDottrina cristiana ; prestiti alle Sacre Scritture

DrammaturgiaDivisione in atti ; divisione in scene

RappresentazioneDialogo pubblico ; pausa ; farsa dopo i pezzi sacri ; rispetto degli spettatori verso Dio e le Sacre Scritture

FinalitàSantità ; utilità ; insegnamento ; edificazione

EspressioneDialogo ; verso ; rrifiuto degli ornamenti poetici ; stile basso

Mots-clés espagnols

GéneroTrágica comedia

FuentesEscritura santa

TemaDoctina cristiana ; temas sacados de las Escrituras

DramaturgiaDivisión en actos ; división en escenas

RepresentaciónDiálogo público ; pausa ; farsa tras las obras sagradas ; respeto de los espectadores hacia Dios y las Escrituras

FinalidadSantidad ; utilidad ; enseñanza ; edificación

ExpresiónDiálogo ; versos ; rechazo de los adornos poéticos ; estilo bajo

Présentation

Présentation en français

Dans cette épître « Au lecteur »1, l’auteur protestant Henri de Barran se justifie d’avoir eu recours au théâtre, précisant sa visée uniquement théologique et pédagogique. Dans le contexte contemporain de condamnations religieuses du théâtre, il rappelle d’emblée les perversions de ceux qui font jouer les histoires saintes ou assistent aux représentations2, la recherche du succès pour l’auteur et du plaisir pour le spectateur amenant à mêler des éléments licencieux aux choses saintes. Pour justifier sa démarche, l’auteur, qui dit avoir hésité deux ans avant de publier sa pièce, en souligne la dimension didactique. La forme (du dialogue) et le style (bas) se veulent au service de son projet. Henri de Barran prend soin de justifier tout ce qui pourrait relever de l’ornement profane et littéraire : s’il a écrit en vers français, il n’est pas poète pour autant, son style est simple et la Bible elle-même admet les vers ; s’il a divisé sa pièce en actes et scènes, ce n’est pas pour suivre les poètes antiques, mais pour faciliter le dialogue et permettre de faire des pauses pédagogiques lors d’une éventuelle représentation. La même ambiguïté se décèle dans l’identification du genre de la pièce : bien qu’évoquant une « tragique comédie », Henri de Barran se défend de suivre les poètes comiques et parle « d’enseigner par Dialogues », tant dans l’écriture (par « division des propos et des dialogues »), que dans la représentation (sous forme de « dialogues publics »). Sa pièce est donc une moralité3, camouflée sous une appellation qui se veut moderne, elle-même utilisée avec d’infinies précautions. Si le théâtre peut être utile, sa dimension littéraire en fait une forme basse et l’auteur explique avoir doublé son dialogue d’un traité plus noble, en prose4. Il termine en rappelant au lecteur de ne pas tourner le jeu en dérision, preuve des dangers du théâtre, par-delà son utilité. Cette épître dédicatoire au lecteur reflète donc un tournant de l’histoire du théâtre qui évolue dans ses formes (comédies et tragédies se substituant aux mystères, farces et moralités), comme dans sa réception par les autorités religieuses.

Texte

Au Lecteur

[NP1] Je n’ignore pas, chrétien lecteur, les grands abus qui sont commis journellement, tant en ceux qui jouent comédies, tragédies et autres semblables histoires prises de l’Écriture sainte, que en ceux qui y assistent. Car les uns ne regardent qu’au profit temporel ou bien imprimer5 és entendements des auditeurs quelque opinion de leur bonne grâce, mettant souvent choses profanes et dissolues avec les saints propos. Les autres se contentent d’occuper le temps en quelque chose plaisante, se délectant plus en la grâce des personnages, ou bien en propos joyeux et facétieux, qu’en l’utilité et édification qui leur en peut venir. C’est pourquoi, communément après tels Dialogues, on joue quelque farce dissolue, n’estimant rien le tout si la farce joyeuse n’y est ajoutée6. Je me tais de plusieurs autres grands abus qui y peuvent être faits, pour lesquels ces actes (quelque espèce d’édification qu’ils portent) sont illicites à tous chrétiens. Pour cette cause, plusieurs bons esprits laissent7 à composer telles comédies ou semblables histoires, car combien qu’elles8 soient saintes et très utiles, toutefois la corruption des hommes est telle, qu’ils en abusent en une sorte ou autre. Pour ce aussi doutais9-je publier cette tragique comédie, tellement que l’ai gardée presque deux ans, ne délibérant jamais la manifester. Mais après considérant que tous fidèles savent user des bonnes choses à l’honneur de Dieu et édification du prochain, je n’ai craint les10 présenter, étant certain qu’ils ont l’honneur de Dieu en telle recommandation, que pour rien du monde ne voudraient que telles histoires prises à l’édification servissent à destruction. Je prie donc les lecteurs, et au nom de Dieu les admoneste, n’abuser point de ses saintes Écritures en fols passe-temps, mais qu’ils considèrent diligemment, voire et éprouvent en leurs consciences d’où vient notre justification et salut éternel. Car combien [NP2] que par le ministère de la parole nous ayons connaissance des articles de notre foi, si est-ce que11 ce moyen d’enseigner par Dialogues y peut aucunement12 servir. Et pour tant que13 l’article de justification est le fondement de toute la doctrine Chrétienne, j’ai pensé que cette manière de parler par personnages ne serait inutile pour nous mener à quelque connaissance de celui14. Car pour certain je n’ai fait autre chose que prendre les sentences de la sainte Écriture, sur lesquelles cette doctrine est fondée, et les mettre par tel ordre en vers français, sachant que cette manière de composer n’est pas indigne de l’Écriture sainte, attendu que quelque partie d’icelle y a été composée. Bien est vrai que je n’ai eu si grand souci de la propriété et perfection de cette rime (ce que assez montre le bas style de mon écriture) que de la vérité de la doctrine, laquelle est chrétienne et non poétique, comme aussi je ne suis point poète. Or ai-je voulu montrer en cet homme justifié les diverses opinions qu’on a de la justification, les uns par les œuvres, les autres par la foi, concluant que c’est le seul Dieu notre Seigneur et Père qui par sa seule grâce nous justifie et nous pardonne nos péchés en son Fils Jésus Christ lequel nous appréhendons15 avec tous ses biens par vive foi. Tel est notre but, lequel (si bien nous l’entendons16) nous entendrons la principale partie de toute la doctrine chrétienne. Et combien que telle manière d’enseigner en vers français soit bien facile et délectable, si est-ce qu’elle ne satisfait à tous esprits, comme aussi chacun n’y peut proposer assez facilement tous points nécessaires à ce de quoi est la question. J’ai dit, à tous esprits, car je sais bien que plusieurs ont la grâce et don tant de composer que d’entendre toute bonne doctrine, non moins en vers qu’en prose, mais non pas tous. Pour cette raison ne me suis satisfait moi-même d’avoir traité la matière de justification en rime française. Voire et17 ne l’ai su suffisamment déclarer en telle manière de composer, mêmement18 répondre à plusieurs objections et arguments qu’on y pourrait faire. [NP3] Par quoi j’ai délibéré, Dieu aidant, ci-après d’en faire un petit traité en prose19, non comme contenant autre matière, mais pour déclarer en plus grande perfection, ce que en bref avait été touché ; montrant évidemment20 que c’est que21 justification, foi, loi, bonnes œuvres et quel est le vrai usage selon les saintes Écritures. Touchant la disposition et ordre que j’ai tenu22 en la tragique comédie, je l’ai disposée par actes et scènes, non tant pour l’imitation des poètes comiques, que pour la division des propos et des dialogues, afin aussi qu’on puisse faire pause en certains lieux, si d’aventure on la faisait lire ou proposer par dialogues publics ; que si ainsi se fait, je prie derechef tous les lecteurs et auditeurs d’icelle que ce soit en toute modestie et révérence de Dieu et de sa Parole ; et que la sainte Écriture, laquelle a été donnée de Dieu avec merveilleux signes pour notre salut, ne soit changée en jeu de dérision et moquerie et conséquemment en occasion de notre perdition. Espérant donc qu’on en usera légitimement et chrétiennement à l’honneur de Dieu et l’édification des fidèles consciences, je la présente et donne de bon cœur à tous ceux qui désirent l’avancement du règne de Jésus Christ, par lequel je prie notre bon Dieu et Père entretenir et augmenter en nous tous sa sainte grâce, imprimant en nous sa connaissance, tellement qu’elle fructifie fruits de bonnes œuvres à son honneur, par notre Seigneur Jésus Christ. Ainsi soit-il.