IdT – Les idées du théâtre


 

Préface

La Thébaïde ou Les Frères ennemis

Racine, Jean

Éditeur scientifique : Forestier, Georges et Garnier, Sylvain

Description

Auteur du paratexteRacine, Jean

Auteur de la pièceRacine, Jean

Titre de la pièceLa Thébaïde ou Les Frères ennemis

Titre du paratextePréface

Genre du textePréface

Genre de la pièceTragédie

Date1675

LangueFrançais

ÉditionŒuvres de Racine, tome premier, Paris : Claude Barbin, 1675, in-12°. (Numérisation en cours)

Éditeur scientifiqueForestier, Georges et Garnier, Sylvain

Nombre de pages3

Adresse source

Fichier TEIhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/tei/Racine-Thebaide-Preface.xml

Fichier HTMLhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/html/Racine-Thebaide-Preface.html

Fichier ODThttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/odt/Racine-Thebaide-Preface.odt

Mise à jour2013-05-25

Mots-clés

Mots-clés français

SourcesEuripide

SujetPlace de l’amour

DramaturgieDénouement sanglant

ActionDuplicité (dualité) d’action

AutreEuripide ; Heinsius ; Rotrou ; Sénèque ; Sophocle ; opposition déclamateur / poète

Mots-clés italiens

FontiEuripide

ArgomentoImportanza dell’amore

DrammaturgiaFine sanguigno

AzioneAzione doppia

AltriEuripide ; Hensius ; Rotrou ; Seneca ; Sofocle ; oratore / poeta

Mots-clés espagnols

FuentesEurípides

TemaLugar del amor

DramaturgiaDesenlace sangriento

AcciónDuplicidad (dualidad) de acción

OtrasEurípides ; Heinsiu ; Rotrou ; Séneca ; Sófocles ; oposición declamador / poeta

Présentation

Présentation en français

Expliquer le caractère non racinien de sa première tragédie sans pour autant la désavouer, tel semble être le dessein de Racine lorsqu’il rédige la préface de La Thébaïde pour l’édition de ses Œuvres, douze ans après la création de cette pièce passée inaperçue. Aussi, en se livrant à l’examen de cette tragédie quelque peu oubliée, l’auteur, désormais célèbre, cherche-t-il surtout à prévenir la déception de ses lecteurs, qui pourraient s’attendre à ce que la passion amoureuse se trouve au cœur du conflit tragique. Pour autant, Racine ne reconnaît pas de faiblesses dramatiques particulières à sa pièce, au contraire : s’il demande de l’indulgence pour cette œuvre de jeunesse et qu’il se dédouane de la responsabilité du choix d’un sujet aussi violent, il estime néanmoins avoir surpassé, par un retour judicieux à la source première que constitue la version d’Euripide, ceux qui avaient traité la même histoire. De cette façon, le dramaturge se distingue de Rotrou – qui, en « contaminant » les sujets des pièces d’Euripide et de Sophocle, avait créé une duplicité d’action – ainsi que de la version sénéquienne du sujet – dont l’attribution lui semble fautive. Racine achève ensuite sa préface en évoquant les deux aspects de sa pièce qui lui paraissent le plus susceptibles de déconcerter les admirateurs de son théâtre : le dénouement particulièrement sanglant et la maigre place accordée à l’amour, qu’il juge l’un et l’autre nécessaires au sujet.

Texte

Préface

{NP1} Le lecteur me permettra de lui demander un peu plus d’indulgence pour cette pièce, que pour les autres qui la suivent. J’étais fort jeune quand je la fis. Quelques vers que j’avais faits alors tombèrent par hasard entre les mains de quelques personnes d’esprit. Ils1 m’excitèrent à faire une tragédie, et me proposèrent le sujet de la Thébaïde. Ce sujet avait été autrefois traité par Rotrou sous le nom d’Antigone. Mais il faisait mourir les deux frères dès le commencement de son troisième acte2. Le reste était en quelque sorte le commencement d’une autre tragédie, où l’on entrait dans des intérêts tout nouveaux. Et il avait réuni en une seule pièce deux actions différentes, dont l’une sert de matière aux Phéniciennes d’Euripide, et l’autre à l’Antigone de Sophocle3. Je compris que cette duplicité d’action avait pu nuire à sa pièce, qui d’ailleurs4 était remplie de quantité de {NP2} beaux endroits5. Je dressai à peu près mon plan sur les Phéniciennes d’Euripide. Car pour la Thébaïde qui est dans Sénèque6, je suis un peu de l’opinion d’Heinsius, et je tiens comme lui que non seulement ce n’est point une tragédie de Sénèque, mais que c’est plutôt l’ouvrage d’un déclamateur, qui ne savait ce que c’était que tragédie7.

La catastrophe8 de ma pièce est peut-être un peu trop sanglante. En effet, il n’y paraît presque pas un acteur qui ne meure à la fin. Mais aussi c’est la Thébaïde. C’est-à-dire le sujet le plus tragique de l’Antiquité9.

L’amour qui a d’ordinaire tant de part dans les tragédies, n’en a presque point ici. Et je doute que je lui en donnasse davantage si c’était à recommencer. Car il faudrait ou que l’un des deux frères fût amoureux, ou tous les deux ensemble. Et quelle apparence de leur donner d’autres intérêts que ceux de cette fameuse haine qui les occupait tout entiers ? Ou bien il faut jeter l’amour sur un des seconds personnages comme j’ai fait. Et alors cette passion, qui devient comme étrangère au sujet, ne peut produire que de médiocres effets. En un mot je suis persuadé que les tendresses ou les jalousies des amants ne sauraient trouver que fort peu de place parmi les {NP3} incestes, les parricides et toutes les autres horreurs qui composent l’histoire d’Œdipe et de sa malheureuse famille10.