IdT – Les idées du théâtre


 

Préface

Les Précieuses ridicules nouvellement mises en vers

Somaize, Antoine Baudeau de

Éditeur scientifique : Piot, Coline

Description

Auteur du paratexteSomaize, Antoine Baudeau de

Auteur de la pièceSomaize, Antoine Baudeau de

Titre de la pièceLes Précieuses ridicules nouvellement mises en vers

Titre du paratextePréface

Genre du textePréface

Genre de la pièceComédie

Date1660

LangueFrançais

ÉditionParis, Ribou, 1660, in-12°

Éditeur scientifiquePiot, Coline

Nombre de pages12

Adresse sourcehttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k72661r

Fichier TEIhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/tei/Somaize-Precieuses-Preface.xml

Fichier HTMLhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/html/Somaize-Precieuses-Preface.html

Fichier ODThttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/odt/Somaize-Precieuses-Preface.odt

Mise à jour2015-04-29

Mots-clés

Mots-clés français

SourcesLes Précieuses ridicules de Molière

FinalitéPlaisir

ExpressionProse / Versification

MetadiscoursUsage des préfaces ; longueur des préfaces

Relations professionnellesRivalité (prétendue) avec Molière

ActualitéRéécriture des Précieuses ridicules de Molière

AutreAutopromotion d’autres ouvrages

Mots-clés italiens

FontiLes Précieuses ridicules di Molière

FinalitàPiacere

EspressioneProsa / Versificazione

MetadiscorsoUsanza delle prefazioni ; lunghezza delle prefazioni

Rapporti professionaliRivalità (pretesa) con Molière

AttualitàRiscrittura des Précieuses ridicules di Molière

AltriAutopromozione di altre opere

Mots-clés espagnols

FuentesLas preciosas ridículas de Molière

FinalidadPlacer

ExpresiónProsa / versificación

MetadiscursoUno de los prefacios ; extensión de los prefacios

Relaciones profesionalesRivalidad (supuesta) con Molière

ActualidadReescritura de Las preciosas ridículas de Molière

OtrasAutopromoción de otras obras

Présentation

Présentation en français

La préface de cette comédie n’est souvent connue ou exploitée que pour ce qu’elle dit de Molière et des clichés qui ont très vite contribué à façonner sa réception. En quelques lignes, Somaize partage les reproches qui reviennent le plus souvent sous la plume des détracteurs de son concurrent : assimilation de l’auteur à un farceur, accusation de plagiat, ou encore attribution de son succès à la seule performance scénique. Auteur mineur en quête de légitimité, Somaize a l’ambition de profiter du triomphe récent des Précieuses ridicules de Molière en proposant une réécriture en vers de la pièce. À l’aide d’un argumentaire retors sur la difficulté de mettre en vers la comédie, qu’il reprend presque à l’identique, Somaize finit même par se donner l’avantage dans la fiction de rivalité qu’il crée. Parallèlement, il adopte un ethos d’auteur désinvolte, dénigrant sa propre comédie et répétant à l’envi qu’il n’a d’autre ambition que de divertir le lecteur.

Une particularité de cette préface n’a peut-être pas été suffisamment soulignée par la critique. Le dernier paragraphe a de quoi surprendre car il peut apparaître comme une simple redondance de tout ce qui précède. En effet, tout ce qui y est développé a déjà fait l’objet d’une analyse quelques lignes plus haut : la difficulté de la mise en vers, l’indifférence affichée aux critiques éventuelles, le renvoi à d’autres œuvres de sa main dans une logique d’autopromotion, le rappel de la prime au plaisir du lecteur. Comment comprendre alors la présence de ce dernier paragraphe si ce n’est en prenant au mot la nécessité de « grossir le livre » ? Au-delà de la plaisanterie topique, il est possible que l’impression, inédite jusqu’aux Précieuses ridicules de Molière, de petites comédies en un acte formant nécessairement un livre fort mince, ait besoin d’être étoffée pour augmenter la valeur marchande du livre. Ce dernier paragraphe devient alors le signe d’une évolution en cours de la pratique de publication du théâtre et du rapport au théâtre imprimé.

Texte

Préface

[NP1] L’usage des préfaces m’a semblé si utile à ceux qui mettent quelque chose en public qu’encore que je sache qu’il n’est pas généralement approuvé1, je n’ai pourtant pu m’empêcher de le suivre, résolu quoi qu’il arrive de prendre pour garant de ce que je fais la coutume qui les a jusques ici autorisées.

Ce n’est pas que je veuille suivre celle de ces auteurs avides de louanges qui, craignant [NP2] qu’on ne leur rende pas tout l’honneur qu’ils croient mériter, y insèrent eux-mêmes leurs panégyriques, et font souvent leurs apologies avant qu’on les accuse. Mon but est de divertir le lecteur, et de me divertir moi-même ; toutefois comme il s’en peut trouver d’assez scrupuleux pour croire que c’est trop hasarder d’exposer aux yeux de tout le monde un ouvrage aussi rempli de défauts que celui-ci, sans leur donner du moins quelques apparentes excuses, je veux bien à cet endroit dire quelque chose pour le[s] contenter.

[NP3] Je dirai d’abord qu’il semblera extraordinaire qu’après avoir loué Mascarille2, comme j’ai fait dans les Véritables Précieuses3, je me sois donné la peine de mettre en vers un ouvrage dont il se dit auteur et qui sans doute lui doit quelque chose, si ce n’est4 parce qu’il y a ajouté de son estoc au vol qu’il en a fait aux Italiens, à qui Monsieur l’Abbé de Pure les avait données5 ; du moins pour y avoir ajouté beaucoup par son jeu, qui a plu à assez de gens pour lui donner la vanité d’être le premier farceur de France6. C’est [NP4] toujours quelque chose d’exceller en quelque métier que ce soit, et pour parler selon le vulgaire, il vaut mieux être le premier d’un village, que le dernier d’une ville, bon farceur, que méchant comédien. Mais quittons la parenthèse et retournons aux Précieuses. Elles ont été trop généralement reçues et approuvées pour ne pas avouer que j’y ai pris plaisir, et qu’elles n’ont rien perdu en français de ce qui les fit suivre en italien ; et ce serait faire le modeste à contretemps de ne pas dire que je crois ne leur avoir rien dé[NP5]robé de leurs agréments en les mettant en vers : même si j’en voulais croire ceux qui les ont vues, je me vanterais d’y en avoir beaucoup ajouté ; mais quand je le dirais; l’on ne serait pas obligé de s’en rapporter à moi, et quand7 mon lecteur me donnerait un démenti, il8 serait de ceux qui se souffrent sans peine et qui ne coûtent jamais de sang. Aussi ne veux-je pas les louer, et bien loin de le faire, je dis ingénument que ce n’est en bien des endroits que de la prose rimée, qu’on y trouvera plusieurs vers sans repos et dont la cadence [NP6] est fort rude ; mais le lecteur verra aisément que ce n’est qu’aux endroits où j’ai voulu conserver mot à mot le sens de la prose, et lorsque je les ai trouvés tout faits. L’on y verra encore des vers dont le sens est lié et qui sont enchaînés les uns avec les autres comme de pauvres forçats, et d’autres enfin dont les rimes n’ont pas toujours la richesse qu’on leur pourrait donner. Je n’en donnerai pourtant point d’excuse, ne croyant pas être obligé de suivre dans une comédie comme celle-ci une règle que les meilleures plumes n’observent [NP7] pas dans leurs ouvrages les plus sérieux. Enfin je ne dirai rien des Précieuses en Vers qui puisse exiger de ceux qui les verront9 une bonté forcée ; je ne veux rien que le plaisir du lecteur, et serais bien fâché d’ôter le moyen de critiquer à ceux qui se plaisent à le faire10. Ainsi, quoiqu’il me fût aisé de dire bien des choses pour justifier mes défauts et que je n’eusse qu’à m’étendre sur la difficulté qu’il y a de mettre en vers mot à mot une prose aussi bizarre que celle que j’ai eu à tourner, que je pense facilement faire voir que tout le plaisant [NP8] des Précieuses consistait presque en des mots aussi contraires à la douceur des vers que nécessaires aux agréments de cette comédie11, je laisse pourtant toutes ces choses pour laisser le lecteur en liberté, et je proteste ici que la critique ne m’épouvante point et que je serais fort marri de dire le moindre mot pour l’éviter, et non seulement je la souffre pour cette version, mais je consens que l’on s’en serve encore à l’égard du Procès des Précieuses qui est de mon invention pure, et qui, si tout le monde est de mon sentiment, divertira [NP9] fort, au moins ne l’ai-je fait que dans cette pensée12.

Cette préface aurait à peu près la longueur qu’elle devrait avoir, et je la finirais volontiers en cet endroit s’il ne me restait encore un peu de papier qu’il faut remplir de quoi que ce puisse être quand ce ne serait que pour grossir le livre. Toutefois pour ne me pas éloigner de mon sujet, je dirai, quoique sans dessein de me défendre, que j’aurais eu bien plus de facilité de traduire une pièce de toute autre langue en vers français que d’y mettre une prose faite en ma propre {NP10 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k72661r/f23} langue ; dans toute autre j’aurais assez fait de rendre les pensées de mon auteur. Les termes auraient été à ma discrétion et tout aurait presque dépendu de mon choix ; mais ici, pour rendre la chose fidèlement, je n’ai pas seulement été contraint de mettre les pensées, il m’a fallu mettre aussi les mêmes termes ; que si j’ai ajouté ou diminué selon que les rimes m’y ont obligé, je n’ai rien à répondre à cela sinon que pour les rendre comme elles étaient, il fallait les laisser en prose. Peut-être qu’au sentiment de plusieurs j’aurais {NP11 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k72661r/f24} mieux fait que de les mettre en rimes, peut-être aussi qu’au jugement de ceux qui aiment les vers, j’aurai fort bien réussi. Tout cela est douteux13 ; mais il est certain que ce n’est pas là mon plus grand chagrin, et que si ceux pour qui je les ai faites les trouvent à leur gré, il m’est bien indifférent que les autres les condamnent ou les approuvent ; en tout cas que ceux qui ne s’y divertiront pas aient recours au Dictionnaire des Précieuses ou à la Satire14. Comme tout dépend de ce caprice, peut-être qu’ils y trouveront mieux leur compte. {NP12 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k72661r/f25} Pour moi je serai content, pourvu qu’ils se divertissent de quelque manière que ce soit.