IdT – Les idées du théâtre


 

Préface

Les Amours du soleil : tragédie en machines.

Donneau de Visé, Jean

Éditeur scientifique : Schuwey, Christophe

Description

Auteur du paratexteDonneau de Visé, Jean

Auteur de la pièceDonneau de Visé, Jean

Titre de la pièceLes Amours du soleil : tragédie en machines.

Titre du paratexteAu lecteur

Genre du textePréface

Genre de la pièceTragédie en machines

Date1671

LangueFrançais

ÉditionParis, Barbin, 1671, in-8°.

Éditeur scientifiqueSchuwey, Christophe

Nombre de pages6

Adresse sourcehttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k83160g/f5.image

Fichier TEIhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/tei/Vise-AmoursduSoleil-AuLecteur.xml

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Fichier ODThttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/odt/Vise-AmoursduSoleil-AuLecteur.odt

Mise à jour2017-02-08

Mots-clés

Mots-clés français

GenrePièce à machines ; tragédie en machines

SourcesOvide

SujetSujet simple ; mythologique ; respect du mythe ; adéquation du sujet

DramaturgieMachines

Personnage(s)Dieux / machines

ScenographieMagnificence ; Machines ; changements de décors

ReprésentationThéâtre d’en-bas / théâtre d’en-haut ; dépenses

FinalitéSuccès grâce à l’accord du sujet et des machines ; renommée du théâtre du Marais.

Mots-clés italiens

Mots-clés espagnols

Présentation

Présentation en français

L’avis au lecteur des Amours du soleil (représentés au théâtre du Marais lors du carnaval de 1671) reprend celui du Sujet des Amours du soleil1, texte à vocation publicitaire distribué avant la représentation de la pièce elle-même2. Du point de vue de son contenu et de sa longueur, le présent avis au lecteur constitue le texte liminaire le plus important des trois pièces à machines que compose Donneau de Visé pour le théâtre du Marais entre 1670 et 1672.

Pareil effort laisse supposer que Les Amours du soleil présentent un enjeu particulier. De fait, la mention « en machines » qui apparaît dans le titre de la pièce n’est pas chose courante : elle implique que la pièce est pensée fondamentalement en fonction des machines du Marais, en l’occurence. L’enjeu est d’autant plus important que ce théâtre, spécialisé depuis les années 1640 dans ce type de spectacles, ne dispose qu’épisodiquement de pièces composées spécifiquement pour exploiter au mieux ses dispositifs scéniques3. Selon toute vraisemblance, Les Amours du soleil ont donc constitué la tête d’affiche de la saison 1671. Le Sujet… que Donneau de Visé rédige à cette occasion vise dès lors à la fois à créer l’événement en soulignant le caractère exceptionnel du spectacle qu’il propose et à légitimer sa pièce par un discours poétique en bonne et due forme.

Sur le modèle de l’argument d’Andromède, la préface de Donneau de Visé se compose à la fois d’un discours sur l’usage des machines et d’un examen du sujet. L’auteur commence par départager les véritables pièces conçues pour les machines – la sienne, en premier lieu – de celles qui font un usage plus ou moins heureux de ces dispositifs scéniques. A la supériorité visuelle de sa pièce, il ajoute l’excellence poétique en démontrant notamment que ses machines répondent à un concept clé : celui de « nécessité ». Selon Corneille comme selon d’Aubignac, la qualité des pièces à machines repose en effet sur la manière dont lesdites machines s’intègrent à la dramaturgie et sont justifiées par l’action elle-même. Au sein de cette préface, Donneau de Visé travaille ainsi à démontrer l’adéquation parfaite entre les machines et le sujet choisi, et ce à tel point qu’ils apparaissent indissociables. En soulignant leur perfection poétique et spectaculaire, cette préface établit de facto Les Amours du soleil comme l’ouvrage le plus abouti du genre.

Texte

[NP1] Toute la France sait que l’on a vu représenter sur le Théâtre du Marais des pièces en machines dont l’éclat et la magnificence ont fait quelquefois douter aux étrangers que des particuliers eussent pu faire une si grande dépense4. L’Andromède, La Toison d’or et La Sémélé5 sont les trois dernières pièces qui aient paru sur ce superbe théâtre. Ce n’est pas que depuis quelques années on n’en ait vu beaucoup dans le même lieu auxquelles on a donné le nom de pièces de machines, bien qu’elles ne le méritassent pas tout à fait6. Celle des Amours du soleil ne doit pas être mise au nombre de ces dernières puisque jamais aucune troupe du Marais n’a fait voir un si grand spectacle et que celle qui l’occupe aujourd’hui a voulu montrer qu’elle était capable de soutenir une [NP2] grande dépense et faire en même temps perdre le souvenir des dernières pièces qu’elle a représentées, qui ne pouvaient justement être appelées pièces de machines et à qui l’on n’a donné ce nom qu’à cause de quelques ornements qui les faisaient paraître avec plus d’éclat que les pièces unies7. Je crois que l’on ne doutera point de la grandeur du spectacle de celle des Amours du Soleilpuisqu’il y a8 huit changements magnifiques sur le théâtre d’en-bas et cinq sur celui d’en-haut et que toutes ces superbes décorations sont9 accompagnées de vint-quatre tant vols que machines volantes ce qui ne s’est jamais vu en si grand nombre dans aucune pièce10. Les machines sont11 considérables par trois choses : par leur grandeur, par la surprise des spectacles qu’elles produisent12 et par l’invention, étant certain qu’on n’en a jamais fait qui aient produit de pareils effets et que l’on en voit plusieurs qui occupent13 toute la face du théâtre.

Le sujet de cette pièce est tiré du quatrième livre des Métamorphoses d’Ovide14. Le Soleil ayant découvert l’adultère de Vénus avec Mars, cette déesse outragée dans son amour voulut en être vengée par l’Amour et le rendit amoureux de Leucothoé, fille d’Orchame, roi de Perse. Cette nouv[NP3]elle passion obligea le Soleil d’abandonner Clytie, fille de Thétis et de l’Océan, qu’il avait tendrement aimée. Il prit la forme de la mère de cette princesse pour entrer dans sa chambre. Et Orchame l’ayant appris par Clitie, il suivit les mouvements d’une cruauté qui lui était ordinaire et fit enterrer sa fille toute vive. Ainsi Vénus fut vengée par la douleur que la perte de cette princesse fit sentir au Dieu du jour. Le Soleil, indigné contre Clitie, ne voulut plus la voir et son regret la fit bientôt après mourir en langueur. Il les changea toutes deux, la princesse en l’arbre qui produit l’encens et Clytie en souci, ou tournesol, pour marquer qu’elle était morte de souci et qu’elle avait toujours eu les yeux tournés vers lui, même après avoir été quittée. Voilà ce qu’en dit Ovide et cette fable fournit tous les caractères : on y voit un père cruel, une princesse tendre, une amante abandonnée et qui conserve néanmoins son amour, un dieu embarrassé et une déesse qui veut se venger et qui, après avoir fait prendre de l’amour à Apollon, veut qu’il perde ce qu’il aime sans cesser de l’aimer. Tout cela sans y rien ajouter ni diminuer fournit la matière d’un simple sujet15. Aussi n’y ai-je ajouté qu’un [NP4] prince persan qui est amoureux de Leucothoé. J’ai pourtant évité deux choses qui sont presque dans toutes les pièces de machines où il y a de semblables amants. Je veux dire que je n’ai point fait de scènes du dieu avec son rival16 et qu’Apollon ignore qu’il aime la princesse et elle ne l’apprend elle-même que dans le cours de la pièce. La seconde chose que j’ai évitée, c’est de faire la princesse promise à cet amant par ses parents, de manière qu’il n’y a rien dans cette tragédie qui ressemble à toutes les pièces de spectacle17 que l’on a vues, soit à l’égard du sujet, soit à l’égard des machines18. Quoi qu’il soit ordinaire de voir une amante abandonnée comme Clytie, la manière honnête dont elle en use avec Apollon ne laisse pas de faire voir quelque chose de nouveau dans son caractère puisqu’on voit peu d’amantes délaissées dont les emportements ne soient mêlés de choses qui outragent un amant, au lieu que les siens sont seulement amoureux et qu’on peut dire qu’ils font voir tout ce que la plus violente passion peut produire dans le cœur d’une femme. Elle a raison d’en user de la sorte puisqu’un dieu n’est pas si coupable qu’un autre lorsqu’il quitte une mortelle. Je la fais donc outrée19 d’amour pour [NP5] Apollon malgré son infidélité. Je suis en cela Ovide et, quelque violente passion que je lui donne, on ne peut me blâmer de la faire trop aimer puisqu’il faut qu’elle meure d’une langueur amoureuse. Apollon ne pouvant se défendre de conserver de l’estime pour une personne qui l’aime si tendrement, encore qu’elle en soit quittée, on ne doit pas s’étonner s’il en a beaucoup pour elle. Cette estime donne beaucoup d’alarmes à Leucothé qui est une princesse douce, dont la tendresse n’est toutefois pas moins forte que celle de Clitie. Elles paraissent pourtant d’un caractère opposé parce que la tendresse de Clitie doit être plus animée, à cause qu’elle est quittée. Je laisse au père son caractère cruel, d’autant qu’il est nécessaire pour finir la pièce. Je laisse à Vénus sa haine parce que c’est cette haine qui fait mouvoir toutes les machines20. Jupiter prend le parti d’Apollon et ruine souvent les artifices de Vénus, mais ce n’est qu’avant qu’elle ait triomphé. Car un Dieu ne défait point ce qu’un autre a fait, mais il peut agir pour servir ceux dont il prend le parti et les faire avertir de ce qui se passe. On a souvent vu des dieux les uns contre les autres et prendre des partis différents ; les poèmes de l’Antiquité en sont pleins. Ainsi [NP6] ce combat de dieux contre dieux est autorisé et il rend les machines justes21. Elles sont nécessaires parce que Vénus qui fait tout mouvoir n’agit que par là et qui les ôterait détruirait tout le sujet puisqu’elles sont tous les incidents22. Rien ne dément la fable dans la fin de cette pièce, non plus dans le commencement23 et l’on peut dire qu’il n’y a rien qui n’en soit puisque tous les caractères en sont tirés, particulièrement celui de Clytie qui fut aimée du soleil, qui en fut quittée, qui, bien qu’abandonnée, eût toujours les yeux sur son amant, qui mourut de langueur et qui fut métamorphosée en girasol24.