IdT – Les idées du théâtre


 

Prologue

La Colère, ou furieuse indignation de Pépésuc sur la discontinuation pendant quelques années, du Triomphe de Béziers au jour de l’Ascension

Anonyme

Éditeur scientifique : Gardy, Philippe

Description

Auteur du paratexteAnonyme

Auteur de la pièceAnonyme

Titre de la pièceLa Colère, ou furieuse indignation de Pépésuc sur la discontinuation pendant quelques années, du Triomphe de Béziers au jour de l’Ascension

Titre du paratextePrologue

Genre du textePrologue

Genre de la pièceNon spécifié

Date1644

LangueFrançais

ÉditionBéziers, Jean Martel, 1644, in-12. (Numérisation en cours)

Éditeur scientifiqueGardy, Philippe

Nombre de pages3

Adresse source

Fichier TEIhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/tei/anon-colerepepesuc-prologueun.xml

Fichier HTMLhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/html/anon-colerepepesuc-prologueun.html

Fichier ODThttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/odt/anon-colerepepesuc-prologueun.odt

Mise à jour2013-02-08

Mots-clés

Mots-clés français

SourcesLégendaire local

Personnage(s)Pépésuc

AutreCulture populaire / culture savante. Captatio benevolentiae pour préparer l’auditeur

Mots-clés italiens

FontiLeggendario locale

Personaggio(i)Pépésuc

AltriCultura popolare / cultura dotta ; Captatio benevolentiae per preparare l’auditore

Mots-clés espagnols

FuentesLegendario local

Personaje(s)Pépésuc

OtrasCultura popular/ cultura sabia ; Captatio benevolentiae para preparar al oyente

Présentation

Présentation en français

Ce que l’on a coutume d’appeler le « Théâtre de Béziers » est un corpus de vingt-quatre pièces, publiées pour la plupart sous la forme de recueils entre 1628 et 1657 et jouées à Béziers le jeudi de l’Ascension, dans le cadre des fêtes des « Caritats »1. Composées pour l’essentiel en occitan, ces pièces sont presque systématiquement précédées d’un prologue, occasion de présenter le sujet de la pièce à un public dont il fallait peut-être canaliser les énergies, en ce jour qui est d’abord un jour de fête, mais aussi de rappeler, plus ou moins précisément selon les cas, l’ancienneté de la tradition biterroise.

On retrouve dans ce prologue en français les thèmes développés dans le Discours funèbre fait par l’ambassadeur de Pépésuc : avec le retour de la « belle saison », revient aussi le temps des amours et de la fête, et, à Béziers plus particulièrement, celui des « antiques théâtres ». Mais, cette fois (sans qu’il soit possible de proposer une date précise), est représentée une pièce qui va trancher par son sujet et ses personnages avec celles que l’on a l’habitude de voir. Le Prologue oppose à la mise en scène des amours, aussi bien héroïques que paysannes, à grand renfort de personnages illustres et d’allusions mythologiques, l’irruption sur le théâtre, après un long sommeil, de « cet ancien personnage / l’ornement du pays », c’est-à-dire Pépésuc2, héros tutélaire de la cité, d’antique extraction, et de nature divine. Et de fait, c’est à son réveil tonitruant qu’assistent l’Augeol (l’Ancêtre, le Vieillard), le Cordonnier dont l’échoppe (en fait une « boutique ambulatoire ») est installée au pied de la statue représentant Pépésuc, et Dame Bigorre, trois figures pittoresques biterroises symbolisant la population de la ville assistant à la renaissance de son géant tutélaire.

Texte

Prologue

{1} Cette belle saison, où l’on voit toutes choses
Produire de nouveau leurs semences encloses ;
Cette saison dis-je ! ce printemps gracieux
{2}Séjour qui réjouit, les hommes et les dieux ;
5    Qu’on voulait obscurcir d’une nuit éternelle
Saisit ores nos cœurs d’une flamme nouvelle,
Embrase nos esprits, agaillardit nos corps,
Ouvre les monuments, et anime les morts,
Faisant voir tous les ans, par une renaissance,
10    Que Béziers est la fleur du reste de la France,
Où les plus beaux esprits, font voir de toute parts
Les amours de Vénus, et les combats de Mars ;
On y voit tous les ans, les antiques Théâtres,
Ores remplis d’accents, des amants idolâtres ;
15    Ores pleins de plaisirs, ores remplis de pleurs,
Tantôt remplis de joie, et tantôt de douleurs,
On y va remontrant, par un discours tragique,
Ores ! de quelque grand, un esprit héroïque,
Or un prince clément, or un roi rigoureux,
20    Qui tantôt est vaincu, et tantôt victorieux.
Notre sujet, Messieurs, n’est pas une bataille,
Une prise de ville, un assaut de muraille,
Un siège, un bataillon, plein de bruit et d’horreur,
Nous ne nous plaisons point parmi cette fureur,
25    Vous ne verrez ici, Cupidon ni sa mère,
Son feu, ni son brandon, ni sa flèche ordinaire,
On n’entendra non plus, les regrets, les soupirs,
Que chante un triste amant, parmi ses déplaisirs,
Vous verrez seulement, cet ancien personnage,
30    {3} L’ornement du pays, votre antique suffrage,
L’hôte de vos maisons, le gardien de vos murs,
Ce vaillant chasse-Anglais3, cet apaise-rumeurs,
Ce cœur diamantin, l’honneur de votre ville,
Lequel vous a servi, et d’oracle et d’asile,
35    Il se présentera pour vous ramentevoir4,
Ses antiques secrets, sa force et son pouvoir,
Vous verrez débonder, de cette grand5 machine,
Un déluge de mots, qu’il a dans sa poitrine,
Le déplaisir qu’il a, de voir que sa splendeur,
40    Se fond comme la neige, aux rais de la chaleur,
De voir, que peu à peu, Saturne6 nous dévore,
Le plus beau ornement que la ville décore,
Vous verrez ses regrets, son intime pensée,
Pareille en désespoir, à la rage d’Énée7,
45    Il accommodera, son discours, son langage,
À la capacité des hommes du village,
Quoi qu’il soit bon Gaulois, et que sa garnison
Ait pris du mot François, le titre et le blason8,
Rendez-vous attentifs, et lui prêtez audience,
50    Car s’il entend du bruit il perdra patience,
Et vous renversera, murailles et maisons,
Et puis chacun dira ses causes et raisons,
Soyez donc attentifs ! préparez vos oreilles,
Non pour verser dedans quelques douces merveilles,
55    Comme les autres font, mais pour vous faire ouïr
Que le temps est fâcheux à qui n’en sait jouir.