IdT – Les idées du théâtre


 

Préface

Élomire, c’est-à-dire Molière, hypocondre, ou les Médecins vengés (seconde édition)

Le Boulanger de Chalussay

Éditeur scientifique : Bottarelli, Alice

Description

Auteur du paratexteLe Boulanger de Chalussay

Auteur de la pièceLe Boulanger de Chalussay

Titre de la pièceÉlomire, c’est-à-dire Molière, hypocondre, ou les Médecins vengés (seconde édition)

Titre du paratexteAu lecteur

Genre du textePréface

Genre de la pièceComédie

Date1671

LangueFrançais

ÉditionParis, Suivant la copie imprimée, 1671, in-12° (Numérisation en cours)

Éditeur scientifiqueBottarelli, Alice

Nombre de pages2

Adresse source

Fichier TEIhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/tei/BoulangerChalussay-Elomirehypocondre-Preface1671.xml

Fichier HTMLhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/html/BoulangerChalussay-Elomirehypocondre-Preface1671.html

Fichier ODThttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/odt/BoulangerChalussay-Elomirehypocondre-Preface1671.odt

Mise à jour2015-05-02

Mots-clés

Mots-clés français

GenreComédie ; satire

SujetImité du réel ; nouveauté (du sujet)

Personnage(s)Molière ; Élomire ; modèle réel

FinalitéSatire ; revanche

Relations professionnellesProcès ; tentative par Molière de faire interdire le texte

Mots-clés italiens

GenereCommedia ; satira

ArgomentoImitato dal reale ; novità dell’argomento

Personaggio(i)Molière ; Élomire ; modello reale

FinalitàSatira ; rivincita

Rapporti professionaliProcesso ; tentativo di Molière di far vietare il testo

Mots-clés espagnols

GéneroComedia ; sátira

TemaSegún la realidad ; novedad del tema

Personaje(s)Molière ; Elomire ; modelo real

FinalidadSátira ; revancha

Relaciones profesionalesJuicio ; intento de Molière de mandar prohibir el texto

Présentation

Présentation en français

Cet avis au lecteur apparaît à la fin de la seconde édition d’Élomire hypocondre, comédie-portrait parue pour la première fois en 1670, ayant fait l’objet l’année suivante de deux contrefaçons hollandaises, mais vraisemblablement jamais jouée. Bien qu’elle ait elle aussi l’allure d’une contrefaçon, il semblerait que cette seconde édition ait été ménagée par Le Boulanger de Chalussay lui-même, à la suite des déconvenues rencontrées lors de la diffusion de la première édition par Charles de Sercy. En effet, Le Boulanger fait état dans cet avis au lecteur des obstacles placés sur sa route par Molière, qui aurait cherché de manière peu scrupuleuse, et grâce à sa notoriété publique, à faire supprimer la pièce. S’en serait suivi un procès, intenté par Le Boulanger réclamant justice, mais d’abord gagné par « l’artifice et le crédit » de Molière, avant que notre auteur frustré ne décide de faire recours. L’avis au lecteur ne dit rien de l’issue finale du procès, qui serait donc encore en cours, mais annonce que cette aventure juridique donnera lieu à une comédie inédite, qui doit parachever la démarche de « portraiturisation », inaugurée dans Élomire hypocondre et finir de confondre celui qui en est l’involontaire objet : Molière.

Dans la préface de la première édition1, Le Boulanger se dépeint avant tout en spectateur admiratif du talent de Molière, déclarant vouloir dresser son portrait comique pour en pallier l’absence dans le répertoire du grand dramaturge. Dans le péritexte de la seconde édition, il assume une posture plus affirmée, celle du rival victime d’un auteur plus puissant et célèbre que lui. Il désigne cette fois directement Molière, insiste même sur la répétition de son nom à travers l’avis au lecteur, au lieu de recourir à l’anagramme bien connue d’« Élomire » dont il se servait dans la première préface, et qu’il explicite cette fois dans le nouveau titre (Élomire, c’est-à-dire Molière, hypocondre). Il trouve ainsi un nouvel argument qui légitime sa pièce et les caricatures susceptibles d’être perçues comme acerbes qu’elle décline à l’encontre de Molière, en faisant de ce dernier un concurrent plutôt prêt à tirer les ficelles de la justice qu’à se laisser moquer. Cela dit, nous ne savons rien de ce procès, et la pièce que Le Boulanger promet d’en tirer, qui s’intitulerait Le Procès comique, nous est inconnue.

Texte

Au lecteur

{NP1} Ce serait peu que vous vissiez le portrait du sieur Molière dans cette pièce2, si vous n’appreniez en même temps ce qu’il a fait pour la supprimer, puisque cela a donné lieu à l’auteur d’en faire une seconde3 qui est capable de le faire devenir fou dès qu’elle aura vu le jour, tant pour la manière dont elle y doit être mise, que pour le sujet de la pièce. Mais pour vous en informer plus particulièrement, vous saurez que l’auteur de cette comédie ayant su que son libraire avait été suborné et gagné par le sieur Molière4, et qu’il avait supprimé la pièce au lieu d’en faire part au public et de la débiter5, il6 le tira en cause7 pour en retirer tous les exemplaires ou la valeur, suivant le traité8 fait entre eux. Mais l’artifice9 et le crédit du sieur Molière eurent tant de force que, par une sentence du juge de la police, cet auteur perdit son procès, et ses exemplaires furent confisqués ; le sieur Molière en triompha. Mais il fut bien surpris d’apprendre {NP2} ensuite que l’auteur avait appelé de cette sentence au Parlement, et plus encore quand il vit qu’il en poursuivait l’audience à la Grande Chambre, et que l’avocat qui devait plaider sa cause était un des plus habiles et des plus éloquents du barreau10. Cette surprise-là l’interdit pourtant moins que celle qu’il eut lorsqu’on l’assura que son antagoniste avait fait une comédie de ce procès, intitulée Procès comique11, et qu’il la devait bientôt donner à ses juges pour factum12. C’est cette comédie qu’on attend à Paris au premier jour13, et celle qu’on dit qui doit achever de [peindre] ledit Molière ; dès qu’elle aura vu le jour, je ne manquerai pas de vous en faire part, comme d’une chose très curieuse et très rare pour la nouveauté du sujet. Adieu.