IdT – Les idées du théâtre


 

Préface

Uranie

Bridard

Éditeur scientifique : Fournial, Céline

Description

Auteur du paratexteBridard

Auteur de la pièceBridard

Titre de la pièceUranie

Titre du paratexteAu lecteur

Genre du textePréface

Genre de la pièceTragi-comédie pastorale

Date1631

LangueFrançais

ÉditionParis, Jean Martin, 1631, in-8°. (Numérisation en cours)

Éditeur scientifiqueFournial, Céline

Nombre de pages2

Adresse source

Fichier TEIhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/tei/Bridard-Uranie-Preface.xml

Fichier HTMLhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/html/Bridard-Uranie-Preface.html

Fichier ODThttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/odt/Bridard-Uranie-Preface.odt

Mise à jour2013-01-20

Mots-clés

Mots-clés français

RéceptionPublic mondain / critiques pédants : lecteur

ExpressionStyle orné / style clair ; latin / français

Mots-clés italiens

RicezionePubblico cortegiano / critici pedanti ; lettore

EspressioneStile ornato / stile chiaro ; latino / francese

Mots-clés espagnols

RecepciónPúblico cortesano / críticos pedantes ; lector

ExpresiónEstilo adornado / estilo claro ; latín / francés

Présentation

Présentation en français

L’avis « Au lecteur » d’Uranie est l’occasion pour Bridard de se lancer dans une diatribe provocatrice contre les critiques. L’auteur pose d’abord les enjeux de la publication d’une pièce de théâtre : assurer la mémoire de l’œuvre mais donner le texte en pâture à la critique. Il parvient à résoudre cette difficulté en développant une stratégie de défense de sa pièce qui discrédite par avance les critiques, représentés en bêtes sauvages prêtes à dévorer le livre-proie, puis dans le rôle comique traditionnel du pédant. Bridard met alors en œuvre un système d’opposition entre deux modes de réception connexes d’une pièce de théâtre – le blâme des pédants, le bon accueil de la Cour – qui dessine une communauté de valeurs entre l’auteur honnête homme, les beaux esprits de la Cour et le lecteur. Or les années 1630 voient précisément le public de théâtre changer et Bridard justifie donc ses choix d’écriture par rapport au goût d’un public nouveau, le public mondain. À une époque d’intense réflexion autour des règles au théâtre, ce n’est cependant pas la dispositio de sa pièce ni son inventio que défend Bridard mais son elocutio. L’auteur fournit au lecteur des critères d’appréciation de son style et de ses vers (clairs et conformes à la langue de la bonne société) qui ne sont pas sans évoquer la réforme malherbienne. En construisant un ethos d’honnête homme tout au long du texte, Bridard développe l’idée qu’à une manière d’être correspond une manière d’écrire et de juger. Il appelle alors de ses vœux un lecteur bienveillant correspondant à cet idéal d’honnêteté et de modération.

Texte

AU LECTEUR.

{NP1} Lecteur, je te donne ici l’Uranie en son vrai lustre1, que l’ignorance de quelques-uns lui avait ravi par un défaut2 de mémoire. Je sais bien que quelques critiques, qui ne font profession que de reprendre3 ce qu’ils ne peuvent imiter4, se ravissent dans le contentement qu’ils s’imaginent recevoir, lisant mes vers pour y mordre, et que ces âmes basses ne s’impatientent pas moins en l’attente de ce livre que les tigres en celle de la proie qu’ils espèrent pour dévorer. Mais n’importe que ces serpents, qui n’ont des yeux que pour tuer5, s’efforcent d’amoindrir l’estime que la renommée me donne6 : je crains aussi peu leur plume que leur langue et n’appréhende point le blâme de ceux qui sont incapables de louer un honnête homme7. Si ceux-là par hasard font état8 de mes œuvres, crois qu’au lieu de ressentiments9 de joie, j’en aurai de douleur, s’il est vrai que leur approbation passe pour reproche chez les beaux esprits10. Qu’ils soufflent donc leur venin dans mes écrits, qu’ils déchirent leur auteur, qu’ils blâment ma façon d’écrire, {NP2} qu’ils tonnent contre moi, mon livre n’en sera pas moins prisé et ma réputation plus choquée11 pour cela. Les fleurs qui plaisent le plus à nos sens ne perdent rien de leur éclat, encore que des monstres les aient regardées, et le soleil n’est pas moins beau, bien que souvent des ravages s’opposent à sa lumière. Certes pourvu qu’une personne d’esprit m’ait en quelque opinion, je méprise les censures et les louanges de ces critiques à la douzaine12. Si mon style n’est relevé13, il est intelligible ; si mes vers ont peu d’orgueil, ils ont assez de politesse14 pour m’exempter du nom de pédant, que mes envieux possèdent légitimement15. J’ai hanté16 d’autres lieux que des collèges, où j’ai appris à ne point faire du latin et du français une même langue17. S’ils18 ne leur19 peuvent plaire, je sais avec plusieurs (dont le mérite égale la noblesse du sang) qu’ils ont eu bonne grâce20 en la bouche d’une merveille de la Cour, d’où les moindres discours passent pour oracles chez les plus polis. Je ne te dis pas ces choses, Lecteur, pour forcer tes inclinations à bien croire de moi21 ; si j’ai besoin de correction (ce que je ne sais que trop), reprends-moi doucement22 et non avec passion. Toutefois fais ce qu’il te plaira, adieu.